La mort de Baudelaire 8


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" Ô cerveaux enfantins !
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !

 

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8 commentaires sur “La mort de Baudelaire

  • avatar
    Pascal

    Magnifique interprétation. Baudelaire perlé.

    *

    Un abat de cendres tombe par l’embrasure
    Sur le grand brasier vif, goutte à goutte.
    Se dessine des roses d’ébène sur les murs,
    A cette heure où s’ouvre la soute ;

    Le cœur plonge, remonte,
    Pareil à la pointe d’une plume,
    Suit le rythme des vagues jusqu’à l’écume,
    Et là, par une secousse, empreinte l’éponte ;

    Ô capitaine !, le pavillon hissé,
    La grande voile sur les vers,
    Que la brise du germe de l’univers
    Porte la voie mystérieuse ancrée ;

    Un abat d’eau tombe par l’embrasure
    Sur les pages tournées, goutte à goutte,
    Puis se grave l’impalpable qui s’écoute,
    Ténèbres et rougeoyants sur la nervure.

  • avatar
    jacou

    Du noir d’encre au bleu du ciel

    O béatitude ! ce que nous nommons généralement la vie,
    même dans son expansion la plus glorieuse,
    n’ a rien de commun avec cette vie suprême
    dont j’ai maintenant connaissance
    et que je savoure minute par minute, seconde par seconde !
    Non ! il n’est plus de minutes, il n’est plus de secondes !
    Le temps a disparu : c’est l’Eternité qui règne, une éternité de délices !

    Charles Baudelaire

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    La Nietzschéenne

    à Ashitaka,

    Je vous remercie vivement de la part de Personne pour votre lettre. Il paraît qu’elle est profondément touchante.
    Vous avez peut-être enfin réalisé que nous sommes du même bord… Celui de la création… tous ouvriers.

    La Nietzschéenne.

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    Prosaïc

    Magnifique trio Personne-Satie-Baudelaire !

    Etrangement il est très difficile de trouver une interprétation sublimée de cette première Gnosienne. Rien ne vaudra celle qui montait parfois du salon jusqu’à nos chambres, quand notre père enchantait le piano…

  • avatar
    Ancolie

    Sois sage, Ô ma Douleur, et tiens_tois plus tranquille.
    Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
    Une atlosphère obscure enveloppe la ville,
    Aux uns portant la paix, aux autres le soucis.

    Pendant que les mortels la multitude vile,
    Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
    va ceuillir des remords dans la fête servile,
    Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

    Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
    Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
    Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

    Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
    Et, comme un long linceul trainant à l’Orient,
    Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

    Charles Baudelaire, « Recueillement »,
    Les fleurs du mal

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    Pascal

    Un poème de Rumi récemment découvert et qui m’a fait penser à cette perle sur La mort de Baudelaire :

    La Maison d’hôtes

    Être humain, c’est être une maison d’hôtes.
    Tous les matins arrive un nouvel invité.
    Une joie, une dépression, une méchanceté,
    une prise de conscience momentanée vient
    comme un visiteur inattendu.

    Accueillez les tous et prenez-en soin !
    Même s’ils sont une foule de chagrins,
    qui balaient violemment votre maison
    et la vident de tous ses meubles,
    traitez chaque invité honorablement.
    Peut-être vient-il faire de la place en vous
    pour de nouveaux délices.

    La pensée sombre, la honte, la malice,
    rencontrez-les à la porte en riant,
    et invitez-les à entrer.

    Soyez reconnaissants pour tous ceux qui viennent,
    parce que chacun a été envoyé
    comme un guide de l’au-delà.

    ~ ~ Rumi ~ ~

    Pour soutenir Personne et le film Le procès d’un procès, devenez coproducteur donateur + Lien accès : http://www.lejournaldepersonne.com/campagne-de-soutien-film-proces-dun-proces/

  • avatar
    jacou

    @ merci Rumi et Pascal

    Ce poème me résonne avec ce que dit Sanat Kumara :

     » Bénissez vos vies et remerciez. Quelles que soient les apparences, bénissez vos vies et remerciez depuis la certitude que tout peut être transmué et ramené dans cette évidence de l’éternité de ce plan où Je Suis l’Être de perfection que j’aspire à devenir et le créateur de la réalité la plus belle, la plus magnifique, la plus sereine, la plus abondante, la plus joyeuse, la plus innovante, la plus créative. Ainsi, entrez en relation avec le cosmos. »


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