J’avais vingt ans
L’âge où l’on vainc le temps
Où rien n’est vain… parce que tout est vain
Où l’on se cherche en vain
J’avais vain temps
Pour vous, je ne sais pas ce que c’est qu’un an
Mais pour moi, c’est toujours l’hiver…
Jamais le printemps
J’avais vingt ans
Quand je tombai amoureuse d’un homme
Qui en avait vingt de plus …
Quarante ans
Avec le visage d’un enfant
J’en étais éperdument éprise… compromise
Il était poète… poétiste… artiste
Sans emploi, sans logement et sans ambition
Je l’aimais comme on devrait aimer son destin : Amor Fati
Et tous les matins, on se voyait
Et tous les soirs, on se quittait
Du lever jusqu’au coucher
De lumière, nous étions enlacés
Et à chaque rencontre j’avais toujours mal au ventre
La peur, de voir un jour le soleil s’éclipser
Peur que nos amours se laissent surprendre par la nuit
On se regardait, on se dévorait du regard
Pourquoi c’était forcément l’amour ?
Avec un grand A… total, fatal ?
Parce que nous ne l’avons jamais fait
Nos âmes étaient trempées
Mais nos corps n’étaient pas souillés
Aucun hic
Mon amour était platonique
Et tous les jours, on revivait le premier jour
Je lui offrais des présents
Un présent par jour
J’étais riche comme crésus
Il était pauvre comme Job
Un présent pour faire acte d’amour
C’était ma façon de lui dire : bonjour
Pour lui les vers et pour moi les couverts
Joli casting
J’avais la sotte impression
D’entretenir sa flamme…
Et un soir, ce fut le présent de trop
Nous étions face à face dans un bistrot
Il m’a regardé les yeux dans les yeux
Et m’a dit : Rock-Sun
Tu m’entends Rock-Sun
Ou tu me surprends ou je te quitte
Les carottes étaient cuites
Ou tu me surprends ou je te quitte
J’ai baissé les yeux versé deux ou trois larmes
Puis je les ai relevés en lui disant :
Que j’étais … une prostituée
Une putain… de femme
Il fit comme si de rien n’était…
J’ai quitté les lieux sans lui dire adieu
En me disant que s’il ne m’a rien dit
C’est que je ne l’ai pas surpris
Je ne l’ai plus jamais revu
Ni téléphoné, ni écrit pour lui dire
Que j’avais menti

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