L’enfant : Mam, tu as vu l’affiche ? C’est gros comme une maison
Mère : Qu’est-ce qui est gros comme une maison? Le Président, la mer ou le slogan ?
L’enfant : la France Forte… je dirais… qu’il lui manque quelque chose… pour qu’elle soit forte.
Mère : Il lui manque quoi ?
L’enfant : le verbe être… j’aurais dit : la France EST forte pour faire plus fort.
Mère : un sujet : le France… un attribut : la force… et comme le lien n’est pas évident… ils l’ont passé sous silence…
L’enfant : ils se sont trompés ou ils ont fait exprès ?
Mère : disons qu’ils se sont trompés en faisant exprès, si on dit la France forte, qu’on le veuille ou non, on sous-entend qu’elle n’y est pour rien. Comme quand on dit : la coupe pleine… ou la bouteille vide… c’est un constat d’huissier… un fait qui s’impose et non l’effet d’une quelconque volonté.
L’enfant: ou peut-être qu’ils veulent nous faire rêver d’une France forte parce qu’ils savent qu’on sait qu’elle ne l’est pas… qu’elle ne l’est plus.
Mère : dis-donc, tu fais des progrès… parce qu’il doit y avoir de ça… parce que ça résonne comme un songe et non comme une réalité… tu as raison.
L’enfant : j’ai un copain qui a vu sa mère se donner la mort sous ses yeux
Mère : elle s’est immolée par le feu…je le sais et je suis profondément choquée, retournée et … scandalisée.
L’enfant : la France est morte… morte… morte et je ne la verrai plus
Mère : tu as lu Claudel ?
L’enfant : oui… c’est beaucoup moins compliqué que Faudel
Mère : c’est Claudel qui dit qu’on peut aussi mériter « l’injustice »… quand on est mal gouverné par exemple.
L’enfant : ou quand on a mal voté.
Mère : c’est parfait. Je n’ai plus rien à t’apprendre…
L’enfant : si… tu vas m’apprendre à ne jamais abandonner
Mère : j’aurais du mal… je peux tout au plus t’apprendre à désapprendre, à ne pas retenir ce que tu as appris et à renouveler sans arrêt ta vision des choses.
L’enfant : mais parfois j’ai du mal…
Mère : raison de plus pour se faire du bien
L’enfant : en se demandant pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien ?
Mère : s’il n’y a RIEN, faisons quelque chose pour ceux qui n’ont rien… c’est aussi ça le défi en politique
L’enfant : ou alors la France faible ?
Mère : par exemple. Parce que les forts c’est à dire les puissants ne sont jamais assez forts pour être toujours les maîtres… ni les faibles, trop faibles pour être toujours dans les chaînes…
L’enfant : mais il y a des larbins même au sommet de l’État.
Mère : et il y a des héros au plus bas niveau de l’échelle… ça veut tout dire
L’enfant : non. Ça ne veut plus rien dire.
Mère : ça veut dire que l’on peut toujours remonter la pente, reprendre la main et changer son destin.
L’enfant : la France forte est faible. La France riche est pauvre.
Mère: ce n’est pas bête… si demain tu affiches « la France faible », il y a des chances pour que tu récoltes plus de suffrages parce qu’il ne nous reste plus que le rire pour parler d’avenir.
L’enfant: et qu’est-ce qu’on fait pour cette dame qui s’est jetée dans le feu
Mère: chiche ! On en fait une affiche à la veille des élections… ça pourrait faire fléchir ou réfléchir
L’enfant : qu’est-ce que je mets? La France est morte et c’est vous qui l’avez tuée ?
Mère : ou : la France est morte et c’est à vous de la ressusciter
L’enfant : ça fait un peu religieux…
Mère: on coupe la poire en deux. La France est morte. Point barre!
L’enfant : ou la France morte pour être moins bavard
Mère: tu supprimes toi aussi le verbe être ?
L’enfant L’être n’intéresse pas les gens.
Mère : tu veux dire que c’est le paraître qui a toujours le dernier mot ?
L’enfant : je veux dire que c’est le mot qui a le dernier mot… c’est toi qui me l’a appris
Mère : et la photo? Tu y as pensé ?
L’enfant : oui la photo d’une femme sans abri qui met le feu à sa baraque
Mère : c’est de l’humour noir ?
L’enfant : non ! C’est cynique comme la république
Mère : tu sais ce qui fait rire le plus les dieux ?
L’enfant : non
Mère : de voir les hommes exposer leurs projets !
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