Scarabée : Allo Rebecca, j’ai devant moi un candidat à l’emploi qui menace de se suicider, qu’est-ce que je fais ?
Rebecca : Scarabée, je suis beaucoup moins bien servi, mon candidat m’a prise en otage et menace de me refaire le visage si je ne lui résous pas son problème. Et moi… qui va résoudre le miens?
Scarabée : quoi, ne me dis pas qu’on n’a plus le choix ? Parce qu’entre laisser mourir et mourir… le monde a vite fait de choisir.
Rebecca : mais je n’ai pas choisi de mourir… c’est ce que je me tue à lui dire.
Scarabée : mon forcené voulait aussi me l’entendre dire : que notre devise c’est vivre et laisser mourir.
Rebecca : il me prend pour cible et il se prend pour un tueur… ou je réponds à son attente ou je meurs…
Scarabée: comme je n’ai rien pour le mien… je crois que je vais devoir le voir se donner la mort… 2012… à ce qu’il paraît c’est l’année des damnés.
Rebecca: aide-moi à résoudre son problème et je t’aiderai à résoudre le tien… tu vois, j’essaye de dédramatiser comme je peux.
Scarabée: c’est la logique même du pôle emploi : on fait ce qu’on peut pour Pierre Paul ou jacques… ils ont compris l’arnaque.
Rebecca: il dit que si je n’avais pas son arme braquée sur moi, je ne daignerai même pas me poser le problème.
Scarabée: dis lui qu’on a tous le même problème: IL N’Y A PAS DE SOLUTION…
Rebecca : il dit que ce n’est pas le cas pour tous, puisque nous sommes payés pour nous payer leurs têtes…
Scarabée : explique-lui que c’est l’état des lieux… et qu’il n’a aucune partie liée avec nos états d’âmes
Rebecca: il dit qu’il n’a pas de leçon à recevoir… que la réalité c’est nous qui la façonnons avec nos préjugés de morts-vivants.
Scarabée: qu’est-ce qu’il raconte? On peut refaire les comptes : la débâcle est économique… et Pôle emploi ne fait pas de miracle.
Rebecca: non ma petite chérie, la débâcle est politique… te dit mon oracle.
Scarabée : parce qu’il croit que ça nous fait plaisir de ne rien avoir à lui offrir.
Rebecca : il dit que le pôle emploi… c’est l’état dans tous ses états… autrement dit, que c’est le lieu le plus indiqué pour se soulever
Scarabée : c’est stupide… très stupide et c’est parce que nous sommes rigides… que nous sommes dans cet état… de désœuvrement.
Rebecca: justement… il ne veut plus entendre parler de flexibilité… il plaide pour l’inflexibilité comme gage de citoyenneté.
Scarabée : mais on a tout essayé… ne reste plus que la géométrie variable… pour chacun on fait ce qu’on peut et c’est tant mieux.
Rebecca: travailler plus pour gagner plus… travailler moins pour gagner moins… ce n’est ni plus, ni moins que tirailler les citoyens.
Scarabée: certes, on n’a pas à manger pour tout le monde mais on fait en sorte… parce que la crise est de mise.
Rebecca : la crise c’est votre main mise sur nos consciences et nos existences.
Scarabée : ce n’est pas nous, seule la dynamique de l’offre et de la demande pourrait quelque chose pour vous.
Rebecca: plus de chômeurs ou plus de pauvres ou plus de morts: c’est comme ça que vous distribuez les sorts.
Scarabée : je le répète : il n’y a pas assez de travail… tous ceux qui diront le contraire sont des canailles.
Rebecca : il me dit que c’est le modèle politique économique et social qui a rendu l’âme…
Scarabée : on connait la musique… raison de plus pour renoncer à toute vision idyllique.
Rebecca : je le lui ai dit, d’autant plus que parmi nous, chaque conseiller va devoir prendre en charge 130 personnes.
Scarabée : difficile d’expliquer à des morts de faim que le travail n’est pas un petit Lu, mais un flux et un reflux.
Rebecca : travailleurs de tous les pays… adaptez-vous… si vous ne voulez pas rendre les armes.
Scarabée : ils ne pigent rien : difficile de créer des emplois… et tout aussi difficiles d’en détruire. C’est bouché comme débouché !
Rebecca : il dit qu’il est là pour changer notre mentalité.
Scarabée : ce n’est pas à nous de payer les pots cassés…
Rebecca : les candidats sont tous rivés à leur rocher… à rêver encore d’état-providence.
Scarabée : je reste persuadée qu’ils sont employables plus que jamais à condition de devenir un peu plus malléables
Rebecca: mon forcené ne semble pas décidé à changer son fusil d’épaule. Il me tient toujours en respect.
Scarabée : le mien s’apprête à s’immoler par le feu… j’ai beau lui dire que c’est démodé
Rebecca : je ne comprends pas que quelqu’un qui est capable de tenter le tout pour le tout, ne soit pas foutu de trouver un emploi.
Scarabée : je comprends encore moins quelqu’un qui met fin à ses jours pour si peu.
Rebecca : le plein emploi était un mythe… il est devenu un ordre de mérite… il va faire feu
Scarabée : tu n’as pas l’air bouleversée ?
Rebecca : tu me prends pour qui? Je l’ai moi-même payé pour faire le sale boulot
Scarabée : lequel?
Rebecca : alerter l’opinion que les mal-employés souffrent tout autant que les sans-emploi.
Scarabée : tu es complètement givrée, tu vas te retrouver au pôle emploi mais de l’autre côté.
Rebecca: oui avec mon arme pointée sur ma remplaçante et ton zèbre, qu’est-ce qu’il attend pour se tirer une balle dans le pied ?
Scarabée : c’est Xav… mon employeur… il veut m’entendre dire que rien ne va plus.
Rebecca : et qu’est-ce que tu attends pour le lui dire ?
Scarabée : j’attends le 18 janvier… le jour de l’explosion de Pôle emploi

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