LA DIVINE SOUMISSION 3


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Avant Abraham, on ne savait pas ce que c’était qu’un drame intérieur.

La conscience malheureuse n’avait pas conscience d’être malheureuse.

Les cœurs battaient sans savoir pourquoi ils battaient.

Nul n’avait encore entendu parler de Dieu.

On se contentait de brûler à petit feu

en sondant l’état des lieux sans se soucier des cieux.

Et Abraham crut entendre la voix de Dieu.

Quel crédit aurait-il pu accorder à cette foi, à cette voix,

à cette première expression de la loi ?

Tout le crédit dont son âme fut capable… ou responsable.

Il n’a pas douté, il n’a pas redouté… il a écouté l’âme de son âme…

le cœur de son cœur… le ventre de son ventre…

et répondu OUI à l’appel de l’infini.

OUI absolument

OUI instantanément,

OUI infiniment à la divine interpellation.

Lui, n’a pas entendu parler de Dieu… il a entendu parler Dieu.

Et fut le premier à l’entendre, à le comprendre et à tout faire pour lui correspondre…

Une prière par exemple… tout en faisant preuve d’une soumission exemplaire.

Le premier commandement, c’est lui qui l’a reçu ou cru le recevoir :

SACRIFIER TOUT AVOIR POUR HONORER L’ÊTRE.

Ce n’est peut-être pas dans son pouvoir mais c’est dans son devoir d’accomplir un sacrifice…

le sacrifice des sacrifices puisqu’il s’agit bel et bien du sacrifice de son fils…

Quelle étrange demande !

Quelle incroyable amende :

que de décapiter la prunelle de ses yeux pour ne pas dépiter Dieu.

Son fils unique doit être sacrifié pour signifier aux mortels,

que Dieu seul est unique et immortel.

Abraham l’appela l’Éternel.

Et il s’empara d’un couteau de boucher et s’apprêta à égorger son nouveau-né, les yeux fermés,

soumission affirmée par une foi illimitée ou une conscience illuminée.

Un ordre est un ordre…

C’est épique, éthique et mystique à la fois.

Pour Abraham il ne fut pas question de verser le sang d’un innocent mais de rendre présent le présent

en réconciliant le passé avec ce qui ne passe pas,

ce qui meurt avec ce qui demeure.

Cette épreuve de force ne fut pas destinée comme on l’a toujours cru, à renforcer la foi d’un incroyant

ni à éprouver un père en saignant son enfant.

Non la force de cette épreuve

c’est pour nous dispenser de chercher la preuve de l’existence de Dieu…

Toute âme est susceptible de l’éprouver,

il lui suffit de s’estimer toujours plus grande qu’elle ne l’est…

C’est le sens même de toute transcendance…

je me dépasse pour appréhender tout ce qui me dépasse.

Le Salut est pour celui qui croit que rien n’est jamais perdu…

L’enfant sera préservé… Abraham aura un agneau pour rendre à Dieu,

ce qui appartient à Dieu.

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3 commentaires sur “LA DIVINE SOUMISSION

  • avatar
    Pascal

    Une perle regard sur le premier musulman, très joli billet sur Abraham et l’histoire du sacrifice, le sens du sacrifice, du devoir et cætera.

    De la thèse de certains, de ce que j’ai compris, cela marque changement de « coutume », qui était qu’à cette époque, dans son milieu, y avait sacrifice d’enfants, de premiers nés. Qu’il aurait été prêt à le faire à contre cœur mais qu’avec « l’inspiration divine », à l’écoute, par son « écoute » il lui a été permis de ne pas le faire, de remplacer par l’agneau. Je ne me souviens plus si il était précisé si il y avait lien entre le sacrifice d’enfants et les ressources, mais d’aucuns considèrent qu’il y a lien entre le sacrifice d’animaux et les ressources, dans son milieu de vie à l’époque, et dans la coutume de la fête liée.
    En tout cas, à notre époque, y a des musulmans végé qui encouragent à ne pas manger d’animaux, qui militent pour le non sacrifice d’animaux quand c’est « dispensable » (tel que : Un Ramadan vegan : http://www.lallab.org/mon-premier-ramadan-vegan/, Un Aïd-El-Khebir chez les musulmans végétariens : http://www.vegemag.fr/societe/musulman-vegan-aid-el-khebir-chez-vegetariens-7480 et 5 Bonnes raisons de devenir Vegan durant le Ramadan : http://greenhalal.over-blog.com/d2968fe5a0d1f438183bf4c8cc3ae1a7), s’appuient sur des passages du Coran, et / ou alors d’hadiths du style « Si vous avez pitié du mouton alors Allah aura pitié de vous deux Fois ! », et le fait que pour la fête, peut être remplacé par autre chose tel que dons, d’autant que le problème de l’alimentation se pose surtout dans le désert et qu’à notre époque dans pas mal de pays, il y aurait le potentiel pour qu’il en soit autrement. Une l’explique dans cette vidéo (à l’attention / intention aussi des autres religions qui font des « fêtes » à base de sacrifice d’animaux) : Une maison pour l’Aïd : https://www.facebook.com/l214.animaux/videos/1740298496018198/

  • avatar
    jacou

    « SACRIFIER TOUT AVOIR POUR HONORER L’ÊTRE. »

    Cette affirmation est puissante mais pour y parvenir je préfère cette version :

     » Cet épisode, évoqué dans la sourate 37, ressort au thème coranique de l’épreuve (balâ’), qui agit comme une véritable pédagogie spirituelle à l’adresse des croyants et à fortiori des prophètes : l’élection et l’investiture ont pour passage obligé la purification. Abraham (Ibrâhîm en arabe) a été choisi comme « ami intime de Dieu » (khalîl Allâh) parce qu’il a subi avec succès maintes épreuves1. L’une des plus intenses fut sans doute ce songe au cours duquel le patriarche se vit en train d’immoler son fils :

    – « Ô mon fils, je vois en rêve que je t’égorge. Qu’en penses-tu ? »

    – « Père, répondit le fils, fais ce qui t’est ordonné. Tu me trouveras, si Dieu veut, parmi ceux qui supportent [l’épreuve] » (Cor. 37 : 102).

    Tous les traducteurs rendent ce passage au temps passé (« Ô mon fils, j’ai vu en rêve que… »), mais il importe de restituer le présent employé dans le texte arabe, car celui-ci a pour fonction de susciter l’instantanéité de la vision d’Abraham. Si l’on nous permet l’image, celui-ci vit la vision en direct, non en différé.

    Les commentateurs insistent sur la dimension onirique de la scène – absente du récit biblique -, et Ibn ‘Arabî, le grand maître du soufisme souligne que c’est en fait un bélier qui est apparu à Abraham durant son sommeil, mais sous les traits de son fils. Cependant, Abraham n’a pas interprété, « transposé » dit l’arabe, cette vision car, selon l’avis des commentateurs, le songe ou la vision des prophètes relève de la révélation (wahy), et est perçu par eux comme une réalité immédiate.

    En effet : « Lorsqu’ils se furent tous deux abandonnés à la volonté divine (aslamâ) et qu’Abraham eut couché son fils le front contre terre, Nous l’appelâmes : ” Ô Abraham, tu as ajouté foi à la vision ! ” C’est ainsi que nous rétribuons les êtres doués d’excellence (103-105) ». En réalité, la vision qu’a reçue Abraham ne lui intimait pas d’immoler matériellement son fils, mais de le consacrer à Dieu. Nous rejoignons ici la tradition judaïque2.

    – « Voici certes l’épreuve évidente » (106) : épreuve suprême de soumission à Dieu que de se croire contraint d’égorger son fils ! Selon certains soufis, l’épreuve consistait à donner son vrai sens à la vision. Ils font remarquer que l’enfant est le symbole de l’âme. C’est donc son “moi” que Dieu demande à Abraham d’immoler, cette âme prophétique élevée, certes, mais encore capable d’amour pour un autre que Dieu. Or, afin d’être investi pleinement de l’intimité divine, Abraham doit vider son coeur de tout attachement aux créatures. D’ailleurs, l’épisode du sacrifice suit immédiatement un passage où l’on voit Abraham détruire les idoles adorées par son peuple (84-98). Dans son cas, la réalisation ultime de l’Unicité (tawhîd) supposait la destruction de tout penchant naturel, de tout résidu égotique, forme subtile d’idolâtrie.

    – « Nous le rachetâmes par un sacrifice solennel » (107), car l’enjeu est immense. Un bélier venant, selon la tradition, du paradis, et conduit sur terre par l’ange Gabriel pour le sacrifice, se substitue au fils : grâce à ce transfert, Dieu rachète à Abraham toute sa descendance, prophétique et autre, afin de mieux la préserver et la bénir. Ainsi, « Nous perpétuâmes [le souvenir d’Abraham] parmi les générations postérieures (108). Paix sur Abraham ! » (109) : après la soumission (islâm) vient la paix (salâm). L’animal, être pur parce qu’il connaît par intuition directe son Créateur, à l’instar des règnes minéral et végétal (Ibn ‘Arabî), peut en effet prendre la place d’un humain pur, prophète et fils de prophète. Par son sacrifice consenti, il permet aux « fils d’Adam » – et pas seulement d’Abraham – de régénérer leurs énergies vitale et spirituelle.
    https://oumma.com/aid-el-adha-sacrifice-abraham/

  • avatar
    Gaëlle

    Je te remercie chère Personne pour ce poème magnifique, il va rester dans mon coeur gravé comme tant d’autres.

    Je devais te dire que c’est grâce à toi que je vais mieux, que je suis libérée de plus en plus de moi-même. Au niveau du langage, des concepts, de l’accept (le mot n’existe pas, tant pis), tu as ouvert quelque chose en moi un jour il y a longtemps, et le trou ne cesse de s’élargir. Merci, merci, merci. Je veux te dire que je vis vraiment tout ça. La poésie c’est réel, c’est une médecine, une alchimie, une opération quantique qui te change à jamais ; c’est pas la poésie bien sûr, c’est dieu, voilà ce que je veux dire, et ta poésie, la machette qui a su frayer un tunnel à la lumière à travers les frondaisons de mon âme épaisse.

    Toute âme est susceptible de l’éprouver,
    il lui suffit de s’estimer toujours plus grande qu’elle ne l’est…
    C’est le sens même de toute transcendance…
    je me dépasse pour appréhender tout ce qui me dépasse.

    J’entends mon père qui parle. Ou le docteur. Ça me fait tellement de bien, de savoir qu’il existe des âmes si fortes, je t’imite comme je faisais petite avec papa ; moi je suis la proie du doute presque tout le temps, mais je me conduis comme si ce n’était pas le cas.

    Je t’aime très fort, je te remercie infiniment pour tout.


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