Qu’est-ce qui me dérange ? 3


Le rangement :

J'ai en mémoire l'image d'une jeune fille bien rangée, celle d'un roman de Simone de Beauvoir.
Je n'ai pas beaucoup de mal à concevoir ce passage du désordre à l'ordre... l'ordre qui ordonne, pardonne ou abandonne... je peux le percevoir ou le recevoir... celui de la Nature... ou celui de l'art... Mais surtout celui que les hommes composent et s'imposent : l'ordre politique...
Le rangement est le principe même de tout gouvernement des hommes par les hommes.
On range, ou on se range, peut-être pour que les choses nous paraissent moins étranges... plus familières, plus coutumières... Mais l'idée même de rangement présuppose qu'il y a une place pour chaque chose et que chaque chose a sa place dans l'univers, et qu'il nous suffit de la chercher pour la trouver... sur le plan naturel ou surnaturel... comme si l'ordre préexistait aux choses et qu'il n'y avait rien à inventer. Souvenons nous du précepte des évangiles : "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé". C'est l'ordre qui maintient ensemble le fini et l'infini, c'est couvert mais il nous revient de le dé-couvrir. Le rangement est nécessaire aussi bien d'un point de vue cosmique que cosmétique... il n'y a pas de saut possible, "toutes les choses sont enchainées, enchevêtrées et amoureuses les unes des autres"... il y a selon l'expression de Leibniz comme une sorte d'harmonie préétablie...

L'arrangement :

Quand je dis que j'ai trouvé un arrangement, je veux surtout dire que j'ai trouvé un compromis, avec moi-même, avec les autres, avec la vie... J'ai résolu le problème en mettant l'absolu de côté... Étant entendu que la relativité est le fond caché de toute relation... On s'arrange comme on peut pour obtenir ce que l'on veut... De particulier à particulier, on tend ou prétend à cette étrange universalité où chacun s'estime unique et à nul autre pareil... Et malgré notre ressemblance, on essaye de faire la différence... De se distinguer, ou de trouver la solution la plus appropriée... la bonne résolution... ou la sainte absolution...c'est toujours l'esprit qui est à l'œuvre dans ce genre de compromis où l'on cherche à perdre le moins possible et à gagner le plus possible... c'est l'homme qui peut toujours mieux faire ou faire de son mieux. Fusible particulier, parce qu'il est amovible et perfectible...qui se charge ou se décharge à volonté et qui cesse de vivre lorsqu'il perd cette capacité... de s'arranger, de s'adapter ou comme Spinoza de "persévérer dans son être"...
Si le Rangement, c'est la Nature, l'arrangement ce serait la culture... mais à la jointure des deux, il y a l'Art, la création artistique qui dérange ou implique le dérangement.

Le dérangement :

Quitte à susciter l'étonnement, je dirais que Van Gogh me dérange, le requiem de Mozart me dérange, le penseur de Rodin me dérange... En clair, toute personne de l'infini dans le fini me dérange... Parce qu'à moins d'être intérieurement dérangé, c'est plutôt étrange. Ça ne cadre pas. Ça ne coïncide pas. Ça ne correspond pas à mon attente ni à aucune raison apparente. Comment un petit esprit comme le nôtre peut-il contenir l'infini ? Comment l'imparfait peut-il héberger le plus que parfait ? Comment le grain de sable peut-il contenir le secret de tout l'univers ?
C'est ce que l'art révèle de plus essentiel : que la beauté absolue est à la portée du premier venu... Tout comme les religions révélées... elles nous indiquent toutes que nous vivons à notre insu, dans la proximité de Dieu... Ce voisin qui ne fait pas de bruit et dont on sent la présence à la tombée de la nuit... Et qui nous murmure quand on colle une oreille au mur qui nous sépare : "désolé pour le dérangement !"

 

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3 commentaires sur “Qu’est-ce qui me dérange ?

  • avatar
    Pascal

    Une perle sur le rangement-arrangement-dérangement.

    Et euh, humour-désolé-pardon, photo en mode pensif, avec filtre-effet-style Van Gogh :

    Sans « filtre Van Gogh » et autres « retouches » :

  • avatar
    Ancolie

    bonjour a tous!! je ne étendrai pas sur le rangement je ne range pas mais je sais ou trouver les choses

    un texte inintéressant sur la poésie

    l’émotion poétique

    si la poésie nous donne à éprouver de hautes émotions, ce n’est pas par
    la représentation de choses qui nous auraient dans la vie ordinaire,
    émus. Le programme fixé au poète par Valéry, le dit clairement : il
    s’agit d’émouvoir par des formes et des objets dont l’art seul fait des forces
    émouvantes, (de) repousser la simulation, (de) ne se fonder ni sur la
    crédulité ni sur la niaiserie, (de) ne pas spéculer sur les réactions
    les plus probables, […] (de) ne sollicite(r) que les larmes et la joie
    les plus difficiles, celles qui se cherchent une cause et qui ne la
    trouvent point dans l’expérience de la vie

    L’instant d’une lecture,
    nous sommes enlevés à la condition humaine. Il y a là quelque chose à
    voir avec l’expérience que nous faisons d’une pure nuit étoilée. Valéry
    la décrit ainsi : l’émotion poétique
    si la poésie nous donne à éprouver de hautes émotions, ce n’est pas par
    la représentation de choses qui nous auraient dans la vie ordinaire,
    émus. Le programme fixé au poète par Valéry, le dit clairement : il
    s’agit d’émouvoir par des formes et des objets dont l’art seul fait des forces
    émouvantes, (de) repousser la simulation, (de) ne se fonder ni sur la
    crédulité ni sur la niaiserie, (de) ne pas spéculer sur les réactions
    les plus probables, […] (de) ne sollicite(r) que les larmes et la joie
    les plus difficiles, celles qui se cherchent une cause et qui ne la
    trouvent point dans l’expérience de la vie

    L’instant d’une lecture,
    nous sommes enlevés à la condition humaine. Il y a là quelque chose à
    voir avec l’expérience que nous faisons d’une pure nuit étoilée. Valéry
    la décrit ainsi :

    Voici
    que nous ne percevons que des objets qui n’ont rien à faire avec notre
    corps. Nous sommes étrangement simplifiés. Tout ce qui est proche est
    invisible ; tout ce qui est sensible est intangible. Nous flottons loin
    de nous

    réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de
    plus en plus au fur et à mesure que prend plus d’épaisseur et
    d’imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui
    substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans
    avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.

  • avatar
    jacou

    Magnifique trilogie (logos > verbe> créateur ) que chaque un : Personne, Pascal, Ancolie exprime à sa façon

    -« Comment un petit esprit comme le nôtre peut-il contenir l’infini ? Comment l’imparfait peut-il héberger le plus que parfait ? Comment le grain de sable peut-il contenir le secret de tout l’univers ?
    C’est ce que l’art révèle de plus essentiel : que la beauté absolue est à la portée du premier venu… Tout comme les religions révélées… elles nous indiquent toutes que nous vivons à notre insu, dans la proximité de Dieu… Ce voisin qui ne fait pas de bruit et dont on sent la présence à la tombée de la nuit.. »

    -L’ébauche , art accompli en devenir de… Pascal

    –  » Tout ce qui est proche est invisible ; tout ce qui est sensible est intangible. Nous flottons loin de nous réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d’épaisseur et d’imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. »

    L’inimaginable paradoxe
    Si nous ne pouvons connaître l’incommensurable , nous pouvons le vivre car nous sommes fait de ce « bois-là  »

    –  » Nécessité d’explorer les niveaux subtils de la matière physique et mentale.
    L’être humain doit continuer à étudier le visible et l’invisible, il doit se poser des questionnements métaphysiques car il ne peut exclure que l’humanité puisse être partie prenante d’une évolution plus globale, tout comme il se trouve lui-même partie prenante d’un vaste champ de conscience englobant sa propre conscience individuelle.
    L’être humain doit faire une démarche d’introspection psychologique et ontologique pour se connaitre lui-même, connaitre et reconnaitre l’organisation quantique de la matière physique et de la matière mentale afin d’y trouver sa conscience comme l’a si bien dit le Dr Xavier Emmanuelli (co-créateur de Médecins sans frontières): AU FOND DE LA MATIERE, IL Y A L’ENERGIE, AU FOND DE L’ENERGIE IL Y A DE L’INFORMATION ORGANISEE, AU FOND DE L’INFORMATION IL Y A LA CONSCIENCE.

    http://lesgrandesquestionsdelavie.over-blog.com/2015/01/physique-quantique-et-conscience.html

    et :
    – Une nouvelle vision du monde ( Ervin Laszlo )

    Ervin Laszlo : Vers une nouvelle vision du monde A partir des évolutions scientifiques contemporaines, et en particulier des découvertes en physique quantique, le philosophe Ervin Laszlo a élaboré une nouvelle vision du monde. L’individu n’est plus « maître et possesseur de la nature », mais retrouve une cohérence avec son environnement. Qu’est-ce que la physique quantique a apporté à votre compréhension du monde ? Ervin Laszlo : Ervin Laszlo : Un niveau plus profond de réalité. En physique classique, il y a des atomes qui bougent, qui sont en relation les uns avec les autres, mais il n’y a pas cette profondeur. Or, sous l’espace-temps newtonien se passent des choses qui sont le fondement de ce qui se passe au-dessus. Aujourd’hui, on sait qu’on ne sait pas ce que c’est, et on cherche à comprendre. L’un des aspects les plus remarquables de ce niveau profond de réalité, c’est la connexion universelle, le fait que toutes les choses soient en rapport direct et instantané avec toutes les autres. Il n’y a pas de séparation absolue, de phénomène purement local. Toutes les choses sont liées entre elles, à un niveau profond. C’est une vision du monde qui diffère fondamentalement de celle de la causalité newtonienne. Mais ce lien ce situe au niveau subatomique. Si vous étiez en ce moment aux Etats-Unis, sans moyen de communication, je ne pourrai ni vous entendre, ni vous parler. Peut-être pourrions-nous communiquer, même sans satellite, en entrant dans un état modifié de conscience. Beaucoup de ces phénomènes sont cachés au niveau macroscopique, mais cela n’empêche pas le lien d’exister. Nous sommes nous-mêmes des systèmes quantiques macroscopiques. On découvre que certains réseaux dans le cerveau travaillent grâce à des résonances quantiques, qui lui permettent d’agir comme un récepteur d’information. En quoi la notion d’information est-elle si importante ? C’est l’un des grands mystères. Comment un lien peut-il être à la fois instantané, au-delà du temps et de l’espace, conservé dans le temps, sans produire aucun des effets physiques connus, comme l’entropie(1) ? On peut utiliser le concept d’information en tant que processus physique, non pas au sens d’énergie classique. Cette notion a été développée par David Bohm, qui parle d’in-formation. C’est ce qui se passe dans le vide – le vacuum quantique qui au demeurant n’est pas vide ! – et a un effet observable dans le monde manifeste, sans être une énergie conventionnelle (voir encadré). Comment cet effet peut-il se produire, sans les interactions physiques connues ? Un champ est par définition un facteur invisible qui produit des effets observables…

    http://georgettemenard.over-blog.com/2013/11/a-partir-des-%C3%A9volutions-scientifiques-contemporaines-et-en-particulier-des-d%C3%A9couvertes-en-physique-quantique-le-philosophe-ervin-l


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