La collision des signes 3


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Nous ne sommes plus sous-informés. Nous sommes plutôt surinformés.

Les signifiés fusent. Les signifiants diffusent l'information. N'importe quelle information, de toute provenance et pour toute destination.

Tout est désormais lié, tout a un lien avec tout, avec rien.

Et cette profusion des signes ne va malheureusement pas sans confusion entre les lignes.

C'est un univers plus diversifié qu'unifié. On dira, on dirait qu'il est éclaté au point que nous passons le plus clair de notre temps à rassembler les morceaux pour reconstituer l'image du monde.

Reconstitution difficile même si aucun élément ne nous manque, tout le contraire, il y a des éléments en trop, de trop !

À charge ou en surcharge... trop c'est trop !

Notre représentation n'est pas mutilée mais saturée. Les vases communicants débordent. Nous sommes les gouttes de trop !

Nous nous informons sur un monde que nous n'avons plus le temps de former.

Il est d'ailleurs, ici comme ailleurs, de plus en plus difforme. Insensé et insensible à toutes les douleurs ou les couleurs qu'il véhicule ou désarticule.

Et tout le monde se sert sans savoir à quoi cela peut servir... d'acheter tel ou tel objet ou de vendre tel ou tel sujet.

Nous savons quel dossier il a consulté dans sa chambre à coucher, quel pied il s'est fait lécher dans son bureau, quel cachet il a avalé pour augmenter le volume de sa virilité, mais on ne sait pas à quoi ça sert, ni à quoi ça peut servir de le juger ou de le condamner.

À force de récolter des faits, ils n'ont plus d'effet sur nous.

Nous n'avons plus le temps de les peser, d'y penser. Nous sommes dépassés.

Des faits... des faits... des faits qui nous indiquent tout au plus que les jeux sont faits !

Rien n'y fait. Rien à faire.

Il y a eu une collision entre un bus et un train à perpignan. Un accident. On ne compte plus les morts parmi les enfants. Le choc a été si violent qu'on a du mal à identifier les corps. Toute la région est meurtrie.

Est-ce que ce sont nos passages à niveau qui ne sont pas au niveau de nos progrès technologiques ?

Ou est-ce que ce sont nos décideurs qui n'ont pas un bon niveau de compétence et qui sont donc à l'origine de ce genre de défaillance ?

Collision des signes ou signe de collusion entre agents irresponsables... les voiles s'arrachent sur la toile.

 

Qui va condamner qui ?

Les pouvoirs publics ou le destin impudique ?

Qui est responsable ?

Réponse : personne. L'enquête finira par révéler les causes, qui sont elles-mêmes déterminées par d'autres causes qui le sont à leur tour, par d'autres et ainsi à l'infini...

 

Pour exprimer notre peine, on se dit "pas de veine !"... alors qu'il ne s'agit que de faits qui s'enchainent... entre eux, il y a collusion plutôt que collision, car nous dit Spinoza, expert en la matière, il n'y a rien de contingent dans la nature, tout est nécessaire. Un passage à niveau n'équivaut pas à un risque zéro... cela relève d'un fin calcul de probabilités.

La volonté n'est pas libre, ni synonyme de liberté...

Les hommes ne se croient libres de vouloir ce qu'ils veulent que parce qu'ils ignorent les causes de leur volonté.

Terrible désillusion : nous prenons les effets pour les causes, le paraître pour l'être, le signe pour le sens.

Nous ne savons pas ce qui s'est vraiment passé, mais nous savons ce qui va se passer : la SNCF va tirer son épingle du jeu, les pouvoirs publics vont améliorer leur capacité de contrôle technologique des réseaux ferroviaires, les proches des victimes seront en partie indemnisés car on ne l'est jamais assez, de nouvelles associations protectrices seront crées en attendant le prochain accident.

C'est cynique, c'est tragique, mais c'est la vie.

Qu'est-ce qui a changé depuis que le monde est monde ?

C'est que cet événement a été relayé par toute la planète, sur internet. Disons qu'il n'est pas passé inaperçu. On l'a su ou reçu à tous les coins de rue... tout juste de quoi signifier aux uns et aux autres, que nous sommes tous embarqués dans le même paquebot, que si nous ne sommes pas acteurs, nous sommes spectateurs du mouvement, de tout ce qui se meut ou nous émeut.

Que le monde n'est plus que cette goutte d'eau qui déborde et que nous ne sommes plus en mesure de contenir.

Nous en sommes là et sans au-delà : tous les faits sont équivalents, les bons comme les mauvais, les plus signifiants comme les moins signifiants.

On meurt, mais les signes demeurent.

J'ai connu un drôle d'oiseau qui m'a prédit que tout dans notre existence sera tôt ou tard réduit à un réseau d'influence...

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3 commentaires sur “La collision des signes

  • avatar
    Pascal

    Une perle sur la collision des signes, l’info-surinfo, causes-effets.

    Sur les effets de l’info-surinfo, quand on allait en vacances, que mon père nous conduisait d’un lieu à un autre et qu’on passait près d’une zone où y avait eu accident, il me semble que j’avais quasi automatiquement les larmes aux yeux en pensant à ce qui avait pu arriver aux gens. Je crois que ça pouvait me le faire aussi en le voyant aux infos, mais ptêtre moins. Et toujours est-il qu’à force d’être « témoin » de ce genre de drame, y a de quoi se désensibiliser. Ce qui peut être vu comme un effet positif mais aussi conduire à rester plus facilement passif / spectateur, ptêtre.
    Et puis comme les infos négatives ont tendance à être plus « vendeuses », attirer plus facilement l’attention pour avoir du temps de cerveaux disponibles, et ptêtre aussi tendance à marquer plus, peut participer à former un point de vue sur le monde plus mauvais qu’il ne l’est : https://www.youtube.com/watch?v=8WiiqssAME4
    ce qui peut servir des politiques.

    Sur le net, rapport à l’info, un article évoque que chaque seconde il y aurait plus de 29 000 gigaoctets (Go) d’informations publiées, et un autre que chaque jour se génère une quantité d’information équivalente à celle produite par l’homme entre l’an 0 et l’an 2000. Il doit y avoir beaucoup d’informations qui ne sont pas forcément nouvelles, ça dit pas ce qu’ils prennent en compte, mais bon, quand même, ça illustre bien la surabondance d’infos.
    Et euh, on a beau avoir conscience du risque qui va avec, du problème de l’info-obésité de notre ère, quand on a la curiosité de s’intéresser à divers sujets, difficile d’y échapper sans efforts si le temps ne nous rattrape pas / si on à l’occasion du temps pour, si je puis dire. Quand je fais une recherche sur une info – mot clé, j’ai tendance à retenir plusieurs articles des résultats, et sur certains, peut être tenté de lire d’autres articles listés dans les colonnes. Et comme même si j’y consacre beaucoup de temps, j’ai quand même pas le temps de tout lire / voir, je dois avoir des centaines de liens d’articles docs en attente dans un fichier. J’ai pas encore retrouvé l’article en question le détaillant, mais me fait penser que j’avais zyeuté il y a quelques temps un article qui évoquait ce qui pouvait participer du succès de réseaux sociaux et de sites, mécanismes pour faire en sorte que les internautes qui y sont / y arrivent finissent par y passer de plus en plus de temps, plus de temps que chez les concurrents en tout cas, s’y engagent d’une manière ou d’une autre. En gros, par exemple, pour YouTube, c’est le coup de la colonne « A suivre » et de la lecture automatique qui fait passer d’une vidéo à l’autre ; pour Facebook, c’est le flux d’actu, articles directement publiés chez eux, possibilités d’interactions, avec aussi flux de notifications qui peut donner le sentiment d’être relié au monde.

    Ah, si ce n’est que je crois que ce que j’avais lu était valable pas que pour les réseaux sociaux, concernait aussi les sites style 20minutes niveau traitement / organisation des infos-fonctionnement du site, un article qui l’évoque plus ou moins : Comment les réseaux sociaux ont modifié notre comportement : http://www.20minutes.fr/high-tech/2188379-20171214-comment-reseaux-sociaux-modifie-comportemen

    Et je viens de tomber sur cette vidéo d’une dame qui a fait une conférence sur problème du coup de la pub-marketing sur le net et utilisation de l’IA à cette fin (en vostfr, sous-titres à activer s’ils ne s’affichent pas, bas droite de la barre de lecture, à gauche du ptit engrenage) : Nous construisons une dystopie juste pour que les gens cliquent sur les publicités, de Zeynep Tufekci : https://www.youtube.com/watch?v=iFTWM7HV2UI
    Je trouve discutable la façon dont elle interprète une partie de son exploration sur youtube, dont quand elle parle de voir des vidéos végés et que youtube lui aurait alors proposé des vidéos de vegan, mettant en parallèle avec les autres exemples, le fait de ne pas être suffisamment extrême / vidéo d’extrême en extrême, en zappant tout argumentaire et le fait qu’il s’agit pas tant dire que c’est pas assez extrême, et y a aussi le coup de vote / pas vote ou bon voilou quoi, mais sinon, j’ai trouvé qu’elle explique plutôt bien la problématique de l’influence pub / algorithmes.

    Bref :

    « Les hommes ne se croient libres de vouloir ce qu’ils veulent que parce qu’ils ignorent les causes de leur volonté. »

    me fait penser à la thèse de Henri Laborit, qui évoque le fait d’apprendre à mieux se connaître, son mécanisme de fonctionnement par rapport à ce qui nous influence, pour tenter d’être plus ou moins maître de ses non actions-actions-réactions :

    « En réalité, ce que l’on peut appeler ’liberté’, si vraiment nous tenons à conserver ce terme, c’est l’indépendance très relative que l’homme peut acquérir en découvrant, partiellement et progressivement, les lois du déterminisme universel. Il est alors capable, mais seulement alors, d’imaginer un moyen d’utiliser ces lois au mieux de sa survie, ce qui le fait pénétrer dans un autre déterminisme, d’un autre niveau d’organisation qu’il ignorait encore. » ;

    et me fait penser aussi à la théorie de la double causalité. Son auteur critique les penseurs mécanistes tel Laborit, mais quelque part, il me semble qu’ils se rejoignent sur l’idée d’essayer de connaître de nos mécanismes, d’essayé de prendre le temps pour, pour tenté d’être moins dépassé. Ceci dit, y a la théorie et la pratique, pas évident (des fois je me dis que je peux avoir tendance à rester trop passif, mais en avoir conscience me rend pas tellement plus actif).

    État spectateur

    Se regarde du monde,
    spectateur de la vie qui passe,
    subissant le flot sous la carapace,
    les remous des ondes,

    se prend de temps en temps la rame
    pour éviter les rochers,
    d’être trop soumis aux éléments, aux flux et leur trame,
    mais une part de soi reste absorbée

    telle une éponge, un radeau en dérive,
    ou au gré des influences
    alimentant moteur – moulinette compulsive,
    pouvant faire se mouvoir sans trop de conscience,

    sans savourer les accalmies
    et pouvant se faire le prolongement des turbulences,
    jusqu’à ce que s’affermit,
    s’ouvre au souffle, de l’élan en puissance

    d’un état à un autre état,
    du temps qui passe à celui des voies.

  • avatar
    jacou

     » Terrible désillusion : nous prenons les effets pour les causes, le paraître pour l’être, le signe pour le sens. »

    Puisque vous avez bonneté ( chapeauté ) la Mère Noêl , il est grand temps de faire la peau à une mythe qui a la peau dure : le conte de Noêl sur la naissance , la vie et surtout la mort de celui qui fut connu sous le nom terrestre de Jésus . J’ai déjà rapporté des paroles de celui qui fut et est un grand guide de l’humanité :

    – Les souffrances de Jésus – ( Monique Mathieu ) http://ducielalaterre.org/

    « Jésus, contrairement à ce que vous pensez, n’a pas ressenti de douleurs physiques et morales. Il savait très bien ce qu’il allait advenir de lui et ce que les êtres humains allaient lui faire.

    Il avait la possibilité de ne pas vivre la crucifixion. Pourquoi l’a t-il vécue ? Pour laisser l’imprégnation de son vécu dans la conscience des êtres humains, et également pour y laisser l’imprégnation de son Amour et du don de lui-même.

    Pensez-vous qu’un Être comme Jésus, qui était plus qu’un immense Initié, n’avait pas la possibilité de parler à son corps pour enlever toute souffrance ? Bien sûr, il est représenté portant sa croix ; c’est une image. Qu’il l’ait fait ou pas n’est pas important ! Il a vécu cela pour laisser une image ! Cependant vous, êtres humains, ne voyez que l’image sombre,que la crucifixion, vous ne voyez pas l’Être extraordinaire qu’il a été !

    Comment est-il-représenté dans vos églises ? Avec une couronne d’épines sur la tête et du sang qui tombe sur son front. Ce n’est pas la représentation qu’il souhaitait ! Il souhaitait que soit représenté un Être qui avait ressuscité. »

    Encore une fois, les êtres humains ont fait des erreurs.

    Si, dans les églises, ils montraient un Jésus glorieux, entouré de Lumière, cela donnerait aux êtres le courage de devenir beaucoup plus lumineux et de le suivre, mais le pouvoir des religieux a fait en sorte de montrer sa souffrance et non la beauté du geste d’Amour qu’il a fait pour les hommes.

    Donc Jésus n’a pas ressenti souffrance ! La seule chose qu’il ait pu ressentir, c’est de la peine pour les êtres humains qui n’avaient pas compris, alors qu’il avait essayé de leur expliquer ce qu’est l’Amour, notamment lors du sermon sur la Montagne, et bien sûr dans beaucoup d’autres sermons. Il avait essayé de former (et il l’a fait) ses « ministres », ses représentants.
    Qu’a-t-il été fait de tout ce qu’il a inculqué aux hommes ? Des religions limitatives qui se sont un peu détruites les unes les autres, et qui continuent d’ailleurs à se détruire, des religions qui n’ont pas relié les hommes mais les ont divisés !

    Cependant tout a été utile pour permettre aux hommes d’avoir du discernement et de dépasser les ce qui est dit dans les religions. Nous ne disons pas dire que telle ou telle religion est fausse, nous disons que tout est bon pour évoluer, même les pires choses que vous pouvez vivre actuellement.

    Donc tout est bon pour grandir, pour savoir ce que vous voulez, pour vous positionner et savoir ce que vous ne voulez plus ; nous ne parlons pas de ce que vous ne voulez pas, nous parlons de ce que vous ne voulez plus ».

    – « Le sage montre la Lune , l’idiot regarde le doigt  » Il en est ainsi de toutes croyances basées sur des idées et des affects .
     » Le danger, ce n’est pas ce qu’on ignore, c’est ce que l’on tient pour certain et qui ne l’est pas ». ( Mark Twain )
    –  » Un peu de connaissance est pire que l’ignorance  » ( Maharishi Mahesh Yogi )


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