Quel est ton niveau d’exigence ? 3


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Ma première dissertation de philosophie, je m'en souviendrais aussi longtemps que je vivrais... j'étais jeune enseignante... j'avais presque le même âge que ceux dont j'avais la charge. Des garçons rien que des garçons qui avaient beaucoup de mal à tenir leurs distances... malgré mon profil psychorigide ou ma dureté non dissimulée...

Affectivement frigide, j'ai toujours été insensible à leurs douleurs...

Avant de leur rendre leurs copies, je savais déjà que j'allais les surprendre.

Les notes variaient entre 0 et 1 sur 20. Ils étaient atterrés, scandalisés, révoltés par mon excès de générosité.

Pour eux, ce fut sans précédent... un naufrage de cette ampleur excède toutes leurs capacités d'indignation... d'autant plus qu'il y avait dans la classe, un certain nombre de redoublants...

Pour eux, ce ne fut pas la consternation mais l'humiliation... zéro, zéro, zéro, un, zéro, zéro, un, zéro, un.

Pour tous ce fut le commencement de la fin... la fin de la poésie.

Et pour les plus avisés, ce n'était pas de la pédagogie mais de la pathologie.

Les ratés étaient même persuadés d'être tombés sur une tarée... qui voulait marquer son territoire ou devenir une identité remarquable... "Madame Zinzin" se murmurait dans mon dos.

Et pour ne pas troubler leur défaite, j'ai essayé d'accentuer cette disette :

- Vous voulez mon avis, leur dis-je ?

Ils firent oui en hochant la tête.

- Celui qui a eu zéro sait que pour devenir un héros tout lui reste à faire.

À quoi ça sert de prétendre au sommet si on n'a pas les bases...

Celui qui a eu un, a déjà une petite idée du chemin... il sait que sa maison a besoin de fondation... et il peut se mettre à la construire.

Si j'avais donné 6 ou 7 comme il est courant de le faire, j'aurais faussé votre faculté d'appréciation et rendu le pire des services à votre entendement.

Un dix sur vingt, la moyenne, c'est encore pire, c'est la non valeur par excellence, c'est le nivellement le plus obscène pour ceux qui aspirent à descendre dans l'arène...

Non... camarades, ce que j'exige de vous c'est autre chose que votre médiocrité quotidienne.

Vous n'êtes pas vous-mêmes et pour devenir vous-mêmes, il y a quelque effort à faire.

Mon job c'est de vous le rappeler à chaque fois que je fais l'appel... pour celui qui honore son contrat, je peux donner 20 sur 20 même si c'est aussi indécent.

L'un d'entre eux reprit ses esprits et leva la main pour avoir la parole

- Mais Madame...

- Appelez-moi camarade, lui dis-je, rien que pour l'interrompre et le pousser à creuser un peu plus dans sa cervelle d'oiseau.

- Mais, poursuit-il, mais camarade, vous ne croyez pas que vous placez la barre un peu trop haut ?

Ma réponse fut instantanée : - la barre n'est jamais assez haute... répétez :

La barre n'est jamais assez haute... et que ça saute !

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3 commentaires sur “Quel est ton niveau d’exigence ?

  • avatar
    Pascal

    Une perle sur l’exigence.

    Gloups la notation.

    Me fait penser au film Bienvenue à Gattaca, où le héros du film se transcende, fait mentir le destin que les connaissances génétiques prévoyaient pour lui, grâce à l’effort, l’entraînement au fil du temps.

    Sur les bancs de l’école, j’aurais aimé expérimenter certaines pédagogies, comme de celles qu’ils font en Finlande ou présentée par des conférenciers, ceci dit, dans un système avec des notes tel que pratiqué en France, en philosophie, j’aurais préféré avoir une professeure exigeante plutôt que celui que j’ai eu. La notation dure peut décourager des élèves, je me souviens qu’en 1ère S, en math, la prof qu’on avait eu a participé à décourager certain-e-s camarades qui ont choisi de bifurquer vers L, mais ça m’avait plutôt stimulé, et si je m’en suis bien sorti au bac en math (même si déçu par rapport au fait que j’avais le potentiel d’avoir plus près de 20 si j’avais pu terminer), je dirais c’est plus grâce à elle, l’entraînement avec, que le prof qu’on a eu alors, qui faisait des contrôles plus simples, moins exigent. Quoique je ne sais pas, si ça m’a moins stimulé, m’a quand même permis de poursuivre dans ma lancée avec confiance. Toujours est-il que par contre, en philosophie, en terminal, on avait eu un jeune prof dont c’était je crois la première année d’enseignement, qui encourageait à débattre, à penser par soi-même avec une pédagogie qui pourrait ptêtre être considérée efficace pour ça, mais qui était ptêtre peu exigent sur la culture philosophique, et si j’étais avec une camarade parmi les premiers, du moins je me souviens qu’on a eu dans les meilleures notes sur quelques dissertations, que ça m’avait réconcilié avec l’exercice (je m’étais plutôt planté au bac de Français), au final, j’ai eu un bagage philo plutôt léger, eu assez mauvaise note au bac dans sa matière. Bon, c’était ma faute, j’ai été assez flemmard pour ce qui est de lire et potasser du par cœur, et pourrait considérer aussi que c’était mauvais jour, le sujet du bac, mais bref, je me dis que j’aurais probablement retenu quelque chose de cette année de philo, de son enseignement, avec plus d’exigence.

    Réflexions

    En sautant : « La barre n’est jamais assez haute !

    La barre n’est jamais assez haute !!

    La barre n’est jamais assez haute !!! »

    « Continuez ! »

    « Euh, me vient à l’esprit une histoire…

    Quelqu’un qui nage tellement longtemps, qu’il est à bout de souffle, doit-il continuer de se dire que la barre n’est jamais assez haute au risque de se noyer ? Du genre il commence à boire la tasse, mais se convainc qu’il n’a pas mis la barre assez haute, arrive par autosuggestion à nager encore un peu, puis replonge, et plutôt que de tenter de faire une pause, veut continuer, au risque de couler, et euh… »

    « Si il risque de se noyer, c’est qu’il n’y a pas de maîtres nageurs dans les parages, et non pas parce qu’il se dit qu’il ne met pas la barre assez haute ?! Vous ne seriez pas en train de faire du sophisme ? 0 ! »

    « Euh, non mais, il aurait pu s’éloigner du rivage du fait qu’il se disait qu’il ne met pas la barre assez haute ? »

    « Admettons, mais c’est pas parce que vous vous dites que vous ne mettez pas la barre assez haute, que vous devez vous mettre en danger de la sorte ! »

    « Certes, mais me vient à l’esprit une autre histoire, si vous pouviez revoir votre note ? »

    « Je veux bien vous mettre 1, mais si c’est pour me faire l’analogie avec un gars qui saute en hauteur et l’impossibilité de dépasser une certaine hauteur sans perche ou sans trampoline, je vous remets 0 ! »

    « Gloups, euh, euh, non mais euh, d’accord, La barre n’est jamais assez haute !!

    La barre n’est jamais assez haute !!!

    La barre n’est jamais assez haute !!!!

    Mais euh, en fait, et qu’est-ce que j’en fais ? »

    « Ah ! Peut-être que je devrais vous remettre 0 ? Mais la question est un prémisse, quel chemin voulez-vous suivre, de quoi voulez-vous vous bâtir, quel espèce d’être pensez-vous être, façon de penser et tout ? L’effort que vous voulez fournir pour ne pas vous décevoir vous-même ? »

    « Euh… Pfiou, euh…

    Ô ciel !
    Puisse,
    dans la coupe,
    de l’émerveille,
    force hisse,
    grâce dans la soucoupe,
    à la hauteur
    au fil des saisons,
    d’instants aux horizons,
    du souffle au moteur. »

  • avatar
    Revolta

    Grandiose ! Eh Hi Eh Ho, chantent les nains de Blanche-neige, qui tâchent de sauter la barrière de leur petite taille, toujours plus haut ! Telle est Personne !

  • avatar
    jacou

    La première des exigences est d’être authentiquement soi-même .
    La deuxième exigence est ne pas exiger des autres ce que l’on n’est pas capable d’accomplir soi-même .

    La « note » zéro est absolument destructrice car elle marque de façon radicale la nullité ( le néant ) de celui ou celle a qui elle a été attribuée . La note basique minimale devrait-être le 1 car elle laisse une possibilité de progresser .
    D’autre part , est-ce qu’un quelconque système de notations à t-il permis aux étudiants le plein développement de leur être ? certainement pas ! tout au plus quelques accords avec les normes du moment .

    – EDUCATION :

    Introduire le développement personnel à l’école ? par Par Bruno Giuliani

    Pourquoi certains enfants aiment l’école alors que d’autres la détestent ?
    Pourquoi certains réussissent bien leur scolarité alors que d’autres sont en difficulté voire en total échec ?
    Pourquoi notre école est-elle en crise ?
    Comment l’en faire sortir ?

    Voici ma réponse, fondée sur plus de trente ans de réflexion et de pratique du système scolaire en tant qu’élève, parent d’élève et professeur : les enfants aiment l’école et réussissent quand elle permet leur épanouissement, ils la détestent et sont en échec quand elle l’entrave. C’est pourquoi je pense qu’il serait bon d’introduire les différentes techniques du développement personnel à l’école, à toutes les étapes du cursus scolaire. Mais pourquoi ne pas repenser complètement le système scolaire pour qu’il permette directement le développement personnel des jeunes ? Si notre école est en crise, ce n’est pas parce que les professeurs ne savent pas enseigner ou parce que les élèves ne veulent pas apprendre, c’est parce qu’elle ne respecte pas assez le désir essentiel des êtres humains, le désir d’être heureux.

    Le sens de l’éducation

    Je l’ai vécu en tant qu’élève tout au long de ma scolarité, je le vois aujourd’hui avec mes quatre enfants âgés de dix à dix neuf ans, je l’ai aussi constaté avec des milliers d’adolescents quand j’étais professeur en lycée : l’école ne réussit que si elle permet à un élève de se sentir progresser dans le sens de son désir. La première motivation des élèves n’est pas la culture ni la formation en vue d’un travail, c’est le mieux-être : devenir plus compétent, plus puissant, plus libre, plus épanoui. Comme tout être humain, un enfant est un être de désir. Il n’accomplit une action que s’il y trouve un intérêt, que s’il se sent motivé dans son être par cette action et le fruit de cette action. Or le désir essentiel de l’homme est d’être heureux, d’acquérir tout ce qui lui permet d’être plus heureux. L’école doit certes transmettre les bases du savoir, mais le but fondamental de l’éducation est selon moi de développer l’aptitude au bonheur. Une école doit être comme une famille : un lieu où les enfants s’épanouissent, où ils se sentent bien, parce qu’ils se sentent progresser sur leur chemin de vie.

    La finalité de l’école….

    https://www.meditationfrance.com/archive/2006/01i.htm


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