le capitalisme expliqué à mon fils 2


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Ne soyons pas naïfs : il n'y a pas d'acte désintéressé.

Aucun sans que l'intérêt ne s'en mêle. L'instinct en est témoin... nous sommes intéressés et prêts à tout pour nous rendre intéressants, pour susciter l'intérêt.

C'est notre essence même. Nous y tenons. Et ça nous maintient de l'intérieur. Nous avons beau prendre du recul, on n'échappe pas à ce genre de calcul :

Qu'est-ce que ça nous apporte ou qu'est-ce que ça nous rapporte ? Pas d'autre repère que ce qu'on y gagne ou ce qu'on y perd.

Nous trouvons intéressant ce qui nous rend intéressants. Inintéressant ce qui ne nous rend pas intéressants... une idée, un concept, une action.

Parce que nous ne pouvons faire autrement que d'être inter-esse comme on dit en latin, c'est à dire agrippés au son de notre propre voix, en osmose avec notre propre cause, enfermés bien au chaud, volets clos, dans notre propre coquille, qu'on croit pleine, alors qu'elle est toujours vide.

Parce qu'il s'agit de notre désir. C'est lui qui valide ou invalide... y trouve ou n'y trouve pas son compte.

Les latins ont un joli mot pour le décrire : "conatus".

C'est pour chacun le désir de persévérer dans son être, d'augmenter de volume en quelque sorte, d'être plus, d'aspirer à un supplément d'âme ou à un agrément de plus pour le corps. Une quête de plus-value. Accroissement du désir : il n'y a pas meilleur argument pour la volonté de croissance... pour grandir ou devenir plus grand.

On s'efforce à avoir plus de force... Force et désir, ça va ensemble jusqu'à la volonté de puissance... jusqu'à ce que je sois le premier, que je vous devance, que je l'emporte sur la concurrence.

Et tout au long de cette course, je ne fais rien que défendre mes intérêts, ma primauté, ma priorité, ma propriété : sa majesté le moi...

Le seul capital auquel on ne renonce jamais. Parce qu'il génère des intérêts parmi lesquels : l'intérêt d'exister.

"On n'est jamais mieux servi que par soi-même" dit le dicton.

Seule la mauvaise Foi prétend le contraire. Parce que l'autre n'intéresse personne.

La recherche d'intérêt est pour ainsi dire, consubstantielle à l'être vivant.

On vit avec. On ne peut pas vivre sans.

Autant se dire que le capitalisme avant d'être un régime économique est un régime biologique qui exprime notre élan vital. C'est le réel qui se moque de l'idéal.

Toute la question est de savoir où est notre intérêt ?

De le savoir ou de continuer à croire au père Noël ?

De couper la poire en deux en disant comme les protestants : que toute charité bien ordonnée passe par soi-même ?

De créer une ONG pour distribuer ou pour se faire du blé ?

D'abattre un tyran pour exploiter ses gisements ?

De faire le bien pour être le seul ou le premier à le faire ?

De réclamer de toute Justice des dommages et intérêts en guise de réparation ?

Où est notre intérêt ?

D'associer quelqu'un à un profit ou de s'associer à quelqu'un pour un profit ?

De se servir en premier ou en dernier ?

De donner aux autres à manger parce qu'ils ont faim ou pour ne pas se faire manger à la fin...

De rendre service en souhaitant un bénéfice ?

Cultiver son jardin ou empêcher le voisin de cultiver le sien ?

Où est notre intérêt ?

C'est le où qui pose problème.

Comment tu dis déjà ?

Oui, c'est ça : il est chelou... louche et nous fait loucher... parce qu'on ne sait jamais ce qu'il y a en dessous...

 

Mais figure-toi que c'est cette exploration permanente qui occupe tous les esprits.

Chacun ne faisant rien d'autre que chercher à fructifier son ego, à le fortifier, à le rentabiliser.

Le capital serait ainsi l'horizon indépassable de toute notre humanité.

Et si on est embarrassé, c'est parce qu'on sait qu'on ne peut s'en débarrasser...

Le dégagisme ne s'applique pas à moi!

Je suis peut être vide mais mon histoire est pleine d'intérêts.

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2 commentaires sur “le capitalisme expliqué à mon fils

  • avatar
    Pascal

    Très beau billet – très belle scène sur le capitalisme, intérêts et cie expliqué à Amadeus.

    C’est probablement pour tenter de susciter de l’intérêt d’une certaine façon que j’ai envie de l’écrire, mais il me semble que si le capital est capital, le capitalisme en tant que régime économique n’est ptêtre pas un horizon indépassable et l’élan vital peut être dans le souffle de l’état d’esprit « ubuntu ». Du moins, pas tant celui de Mandela mais de peuples en marge du capitalisme.

    En fait, pourrait considérer que l’esprit capitaliste a tendance à l’emporter dans le monde, l’a emporté, va de pair avec de l’impérialisme, qu’être en marge ne l’affaiblit pas et s’y opposer peut servir de mobile pour renforcer, parce que participe de la curiosité de l’homme pour l’exploration, soif de découverte, des océans à l’espace ? Mais qu’ensuite, selon les enjeux de l’ère, les forces à l’œuvre dans le grand tout, il pourrait / pourra un jour en être autrement ?

    Dans une définition sur le néolibéralisme (http://www.toupie.org/Dictionnaire/Neoliberalisme.htm), présentée comme forme actuelle du capitalisme, il y a le : « les partisans du néolibéralisme le présentent comme faisant l’objet d’un consensus et comme étant sans alternative. Ses conséquences doivent être perçues comme des phénomènes inévitables qu’il faut accepter. Les idées opposées au néolibéralisme sont qualifiées d’archaïques. »

    mais est-ce vraiment le cas ?

    Des opposants au capitalisme – libéralisme considèrent néanmoins aussi, bien que s’y opposant dans l’idée – l’aspiration, que c’était une étape « naturelle », que le régime économique s’est développé par étape depuis la « sédentarisation » (pourrait considérer paradoxalement), organisation de l’homme en village, cité et cætera. Que les idées et les rouages procèdent le développement avec ses diverses composantes, en découlent. Mais aussi que donc, en théorie du moins, il pourra en être autrement en synergie, qu’il en sera autrement pour tenter de résoudre les problèmes qui sont allés avec le capitalisme.

    Des documentaires (Demain le film, En quête de sens, et un à venir : Autonomies) abordent certaines tendances émergentes, initiatives. C’est en marge, mais pourrait faire boule de neige.

    Dans : https://www.revue-ballast.fr/nord-sinspire-sud/

    une activiste décoloniale explique que les impérialistes en sont à devoir puiser dans le modèle de vie des « vaincus », et ce qu’elle pense de ce qui pourrait être des solutions, tout en évoquant le fait que ça pourrait prendre pas mal de temps.

    Ceci dit, à propos du coup des protestants, et de l’intérêt, me fait penser au plaidoyer pour l’altruisme de Matthieu Ricard qui a participé à des séminaires pour chefs d’entreprises, hommes-femmes de pouvoir de ce que je me souviens, faisant la promo de la méditation, d’outils avec discours plus ou moins proche de l’état d’esprit ubuntu.

    Si certains peuvent se désintéresser du sort d’autres espèces, des autres, il y a intérêt à se soucier du sort du vivant dans son ensemble, des écosystèmes, de l’impact sur la planète du système économique. Le bunker (certains vont jusqu’à théoriser sur des villes souterraines) n’est pas une solution viable si y a dérèglement du tout, il me semble. J’avais zyeuté un article qui expliquait que le survivalisme était en vogue chez les fortunes de la Silicon Valley. Y avait plusieurs hypothèses sur la tendance, connaissances des risques de guerre / problèmes autour des leviers économiques, ainsi que le fait qu’ils peuvent avoir tendance à l’anticipation de risques et que cela leur coûte rien au regard de leur fortune. Et ce que j’ai trouvé / trouve dommage c’est qu’ils pourraient se servir de leur pouvoir-influence pour que les politiques éco changent plus vite via divers trucs. C’est ptêtre plus compliqué du fait qu’il faudrait qu’ils aillent ptêtre à l’encontre de ce qui a fait leur fortune, et y en a ptêtre qui le font – le tentent, mais bon.

    Bref, en tout cas, si un certain nombre ont théorisé des plans de route pour faire évoluer le système politique-économique pour l’ensemble d’un pays qui me semblent réalisables (tel que Extension du domaine de la cotisation : https://www.revue-ballast.fr/extension-domaine-cotisation/ ), pas évident.
    Dans des docs-confs, Frédéric Lordon vu comme spinoziste cherchant à compléter Marx, a abordé la problématique du conatus, du désir, toute la difficulté d’être efficace pour y arriver.

    Et me fait penser à un auteur de séries télé. A la fin des épisodes, il fait s’afficher ce qu’il a baptisé des « Vanity Card », après le générique de fin, il faut faire pause pour lire. Il évoque divers trucs, parfois en rapport avec l’épisode, d’autres fois de ses tranches de vie, bribe de poésie, philo sur l’existence et caetera. J’en ai pas lu beaucoup, mais sur l’une, il a résumé une période de sa vie plus ou moins hippie avec lien amie dans le new âge, et sa réflexion / la critique qu’il en a retiré illustrait l’idéal versus le réel, l’intérêt pour soi, du fait qu’il considérait que ça lui correspondait pas. Après, je m’étais dit et je me dis que c’était son expérience, en fonction de lui, d’autres en avaient d’autres, et si ça peut prendre du temps, y a le potentiel d’alternatives au capitalisme, au système économique.

    Histoire de quêtes

    Plume : « Majesté ? J’ai comme l’impression qu’à travers l’espace temps, de ce que tu m’as fait encrer a fait des vagues ! Dois-je laisser un mot d’excuse, un mot pour expliquer, justifier, ou ? »

    Le moi : « C’est pas moi ! C’est l’auteur Murphy ! »

    L’auteur : « Euh, toi, c’est moi, et moi, c’est toi, non ? Et aux premières et dernières nouvelles, j’ai jamais utilisé ce nom ! »

    Le moi : « Blague ! Tu connais l’expression avec Murphy ? »

    L’auteur : « Si tu la connais, je la connais ! J’avais bien compris ! Il n’en reste pas moins que si t’es de bonne foi, admets que… »

    Le moi : « Bah, toi, tu jongles avec un tout, non ? Une sorte de noosphère que l’appelles ? Et même si tu voulais faire apparaître mon âme sur le papier, de ce que tu connaîtrais de toi-moi-même, tu aurais du mal à le faire ! Chacun pourrait y aller de son imagination – point de vue relatif pour donner vie au paysage lettré. »

    L’auteur : « Certes ! Mais c’est avec toi-moi que je guide la plume, non ? »

    Plume : « Arrêtez de vous disputer ! Qu’est-ce que j’écris ?! »

    L’auteur : « Que le moi, au-delà des mots maladroits et de leurs interprétations possibles, au fond… »

    Le moi : « Le mieux serait ptêtre de ne pas en rajouter ? Je ne veux pas dire, mais… »

    L’auteur : « Ben, si tu veux pas dire, dis pas ! »

    Le moi : « Nous pourrions en rajouter une ou plusieurs couches qui ferait qu’on se ferait du tort, non ? »

    L’auteur : « Fais-toi un peu plus confiance ! »

    Le moi : « Ben, j’essaye, mais euh, allons-y ! »

    Plume : « Au monde,
    des aspirations,
    de l’exploration,
    des ondes,
    de la réflexion,
    des quêtes,
    recherche d’horizon
    de la crête
    aux cieux,
    du sens, un lien
    d’une idée à l’action,
    des braises aux feux,
    de l’humanité en soin,
    au fil des saisons,
    d’une terre
    et de son environnement,
    faisant évoluer l’économie,
    à savourer l’instant,
    histoire de l’ère. »

  • avatar
    jacou

    Magnifique plaidoyer/réquisitoire du capitalisme
    Des …ismes aux isthmes : Isthme du cerveau , Passage étroit qui relie deux cavités ou partie plus étroite d’une structure anatomique ou d’un organe
    Petite extrapolation  » oiseuse ? « , de même que du fait de la montée des eaux nombres d’isthmes vont disparaître, de même du fait de l’élévation de la conscience mondiale tous les ismes et isthmes étroits des cogitations cérébrales vont s’effacer .

     » Un système périlleux ( Olivier Breteau )

    Actuellement l’humanité traverse, dans son évolution, une crise où se dissimule pour elle l’obligation d’un choix qui déterminera sa destinée… L’homme a créé un système de civilisation qui est devenu trop grand pour que ses facultés et sa compréhension mentale limitées et ses facultés spirituelle et morales, plus limitées encore, puissent l’utiliser et le diriger – serviteur trop dangereux pour son ego maladroit et plein d’appétit… Nous l’utilisons pour multiplier les besoins nouveaux et pour développer de façon agressive notre ego collectif…

    Or, le fardeau qui est imposé à l’humanité est trop lourd pour la petitesse actuelle de la personnalité humaine, pour son esprit mesquin et ses petits instincts vitaux… Et c’est pourquoi la destinée de la race semble se précipiter dangereusement, impatiemment semble-t-il, et en dépit d’elle-même, vers une confusion prolongée, une crise et une obscurité périlleuse d’incertitude violente et mouvante, sous la poussée de l’ego vital, saisie par des forces colossales qui sont du même ordre de grandeur que l’organisation mécanique énorme de la vie et de la connaissance scientifique qu’elle a acquise, une échelle trop vaste pour que puisse la manier sa raison et sa volonté…

    Dans la crise actuelle, tout ce que le mental moderne nous offre comme lumière pour trouver une solution, c’est une formule rationnelle et scientifique de l’être humain, vitaliste et matérialiste de sa vie, un effort pour parvenir à une société économique parfaite et au culte démocratique de l’homme moyen. Quelle que soit la vérité à la base de ces idées, il est clair qu’elles ne suffisent pas pour faire face aux besoins d’une humanité qui a pour mission d’évoluer au-delà d’elle-même, et qui, en tout cas, si elle doit survivre, doit évoluer bien au-delà de ce qu’elle est à présent… »

    Et :
     » Et elle craque déjà, notre prison: «La fin d’un stade de l’évolution, annonçait Sri Aurobindo, est généralement marquée par une puissante recrudescence de tout ce qui doit sortir de l’évolution.» Cet éclatement paroxystique de toutes les vieilles formes, nous le voyons partout autour de nous nos frontières, nos Églises, nos lois, nos morales s’écroulent de tous les côtés. Et elles ne s’écroulent pas parce que nous sommes méchants, immoraux, irreligieux, ni parce que nous ne sommes pas assez rationnels, pas assez savants, pas assez humains mais parce que nous en avons fini d’être humains! Fini de la vieille mécanique parce que nous sommes en transition vers autre chose. Ce n’est pas une crise morale que traverse la terre, c’est une «crise évolutive». Nous ne sommes pas en marche vers un monde meilleur ni pire,nous sommes en pleine Mutation vers un monde radicalement différent, aussi différent que le monde de l’homme pouvait l’être du monde des singes au Tertiaire. Nous entrons dans une nouvelle ère, dans un quinquennaire supramental. On quitte son pays, on erre sur les routes, on se met en quête de drogues, en quête d’aventure, on fait des grèves ici, des réformes-là et des révolutions encore mais en fait, il n’y a rien de tout cela. On est en quête de l’être nouveau, sans le savoir, on est en pleine révolution humaine..


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