un débat Bien ForMaté 6


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Il y a des formes qui éclipsent le fond.
Qu'on le veuille ou non, elles nous retiennent et nous les retenons consciemment ou inconsciemment.
Elles se détachent du fond, et nous attachent au piquet de l'instant.
Elles exercent sur nous une certaine pression et produisent chez nous une impression qui n'évolue que très rarement.
C'est d'un naturel qui n'a rien de naturel.
C'est cultivé, culturel. C'est la culture même des artifices qui fleurissent sous le ciel et qui sont éminemment artificiels.
Fabriqués ou préfabriqués pour nous faire croire que la chose est essentielle. Alors qu'elle ne l'est pas.
Ces formes qui éclipsent le fond entretiennent l'opinion et contiennent toutes les illusions optiques, psychologiques ou politiques.
Le plus catastrophique : c'est qu'elles finissent par dispenser du fond... Télévision, à fond la forme !
Cette substitution, pour les anciens, avait un nom : le règne des apparences. L'être n'est plus qu'un paraître qui plaît ou qui peut plaire. Mais c'est toujours instruit ou construit à notre insu, par derrière. C'est du ressenti, sans l'application, ni la médiation de notre esprit.

En guise d'illustration, on va recourir aux figures du débat électoral actuel, pour ne retenir que les tâches qui se détachent d'un fond perdu et qu'on n'a aucune chance de retrouver.

Fillon n'est plus que l'homme des emplois fictifs.
Premier ministre fictif qui s'apprête à devenir président fictif. Comme quoi, en politique l'irréalité peut être plus réelle et plus cruelle que la réalité.
Le fictif est si je puis dire effectif...
C'est une coutume en politique : tous les costumes sont cousus de fil blanc. La fiction ; ce n'est pas rien, c'est une confection.

Macron, lui, c'est l'homme qui correspond à l'air du temps, l'homme de l'État profond - Deep state -
On ne sait ni sur quoi il repose, ni avec qui il compose.
Tout ce que l'on sait, c'est qu'il s'impose aux caprices du moment. De facto. Il est peut être beau, sans doute bobo mais il est surtout nouveau.
Il a l'apparence de la nouveauté même si au fond c'est une antiquité !
L'enfant de la finance s'apprête à s'emparer de la France et il le doit à la toute puissance de l'empire politico-financier.
Et surtout à notre petite enfance, parce que nous sommes sensibles à ses balbutiements, ses premiers pas.

Asselineau, lui c'est l'homme des complots élucidés et des mécaniques démontées. C'est celui qui rompt toute la magie, le malin qui nous révèle où est planqué le lapin pendant qu'on a les yeux rivés sur l'œil du magicien.
L'opinion ne l'a pas retenu parce qu'elle a envie de rêver et non de crever l'abcès.

Je m'arrête là pour ne pas vous gâcher le débat de cette nuit...

 

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6 commentaires sur “un débat Bien ForMaté

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    Pascal

    Très joli billet-vidéo sur le fond, la forme, et sur la façon dont on peut considérer les débats présidentiels quand on connaît l’image médiatique des candidats, de leur proposition, la façon dont c’est orchestré.
    J’ai regardé un peu, pas mal, par curiosité. Pour moi, y a eu des moments « pop-corn », d’autres d’analyses résumés sur les problèmes du monde potentiellement intéressants pour ceux habitués à n’écouter que les 20 h et infos de BFM et compagnie et des où les candidats développent un peu leurs propositions. Pas inintéressant, et le débat peut permettre de préciser des idées du programme, des visions sur les problèmes et les aspirations, et potentiellement des remises en question (comme Asselineau qui peut donner du grain à moudre sur les positions autour de l’euro). Mais reste quand même très sur les effets d’annonce, les formes, les réflexions sur les autres (dont sur les phrases conclusions péremptoires contre les programmes des autres, dont celle de Fillon sur les extrêmes et lui qui aurait le programme contre les risques pour la France) qui peuvent éluder du fond, le fait d’être Bien ForMaté.

    Un exemple : quand Nathalie Arthaud a parlé du fait que des parties de la constitution actuelle n’étaient pas appliquées (doit sur le droit au travail), plus des articles effet pour la forme, et que dans son prisme de la lutte des classes une nouvelle constitution ne garantirait rien, laissant entendre qu’elle ne voyait pas l’intérêt d’une autre république-constituation en soi, je pense qu’elle avait raison et tort, un peu amalgame. De ce que j’ai vu, si d’autres ont parlé de la volonté d’appliquer, laissant entendre qu’il pouvait y avoir intérêt aux règles écrites, Mélenchon n’a pas rebondi dessus, et je trouve dommage. Car si ça ne garantit pas du simple fait d’une nouvelle, une autre république pourrait justement aller de pair avec une constitution appliquée, selon ce qui sera ancré, en théorie du moins, ainsi que mettre en place une voie pour les enjeux économiques, les acquis sociaux et cætera. Je sais plus qui a parlé d’urgence et d’impossibilité de tout faire quand il a été question de ce genre de mesure, Fillon je crois, mais c’est faux, ça n’empêche pas de mettre en place un programme économique tout en mettant en place une nouvelle république. Pas tout le monde sera sur tous les dossiers. Après, là où la représentante de Lutte ouvrière a raison suivant sa position sur l’échiquier politique, c’est que le programme économique de Mélenchon n’est ptêtre pas assez « radical » par rapport à ce qu’elle souhaiterait. D’un autre côté, si le mot de conclusion en fin d’émission « se battre contre l’argent roi » sorti par le candidat de la France insoumise peut être considéré comme langue de bois si pas suivi d’actions dans ce sens, l’aspiration / programme de Lutte ouvrière n’est pas forcément plus « émancipateurs » pour la condition ouvrière, pour les personnes au-delà des luttes pour les droits ouvriers, si je puis dire.

    Bref, c’est déjà ça pour ceux qui ne prendraient pas le temps de lire les programmes et qui voudront voter, mais je trouve dommage, car reste quand même dans des aprioris, et des bouts du débrief sur BFM avec stats des avis de spectateurs que je viens de zyeuter sont un peu dans cette façon de traiter l’info politique, faire le jeu d’une certaine doxa.

    Ceci dit, je sais pas quelle a été l’audience, si ça va avoir une influence sur les décisions de vote, mais semble que Mélenchon a plus convaincu que Macron sur ce coup.

    Impression

    Nous regardions la fenêtre télé,
    Des mots et des concepts au visage,
    Des aspirations clés et des images,
    Des duels pour aller à l’Élysée,
    Tenter de convaincre des indécis, des bulletins,
    Et / ou pour des causes sur le chemin ;
    Sur les pages des programmes ancrés,
    Des sorts, des horizons effleurés
    Lors d’un temps de parole compté,
    Un maillage de certain et d’incertain,
    D’abstrait et de concret face aux fortins,
    Impression d’un instant alors que cours continué.
    Petit à petit des voies formées
    Suivant le terrain et les parties montrées,
    Les prédispositions, les destinées,
    Entre les abîmes et les cieux à imaginer
    Par les électeurs le jour de l’isoloir,
    Et / ou au quotidien, du matin au soir.

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    Revolta

    Je me suis endormie avant la fin. Réveillée vers quatre heure j’ai entendu que les sondages donnaient Macron comme « le plus convainquant » J »ai pensé que les sondages aussi étaient truqués, car il n’avait rien dit, se contentant de faire des mines, d’être d’accord, ou de tancer d’un air un peu supérieur ses détracteurs, puis je me suis rendormie. Poutou a fait fort, il n’avait rien à perdre. Assolineau a sorti quelques vérités sur le dessous des cartes, Arthaud était bien elle ne s’est pas démontée. Lassale est un fou génial, il a perdu un peu de cervelle dans sa grève de la « fin ». Les cassiques étaient moyens sauf Mélanchon qui ne s’en est pas mal tiré.

    Mais ce sont les commères présentatrices-journaleuses qui m’ont sciées ! Un vrai tribunal, des harpies qui croient encore qu’elles peuvent imposer les réponses à leurs questions accusatrices. Et cette manière d’interrompre quand la réponse n’est pas conforme aux ordres reçus, à moins quelles ne soient sincèrement contaminées pas le dictat de la pensée correcte qu’elles ont fait siennes. Bref de la merde en barre qui ne va pas vraiment donner envie de voter. Et Macron finalement joue bien. Dans ce marasme les gens vont le trouver normal et rassurant. Une douce laisse, voilà ce que veut la majorité con-con. Espérons donc dans ceux qui en ont un peu plus (des c…….)

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    jacou

    A fond la forme sans fond, nos petites camarades ont bien décrypté l’enjeu du jeu merdiatique :

    Personne :  » L’enfant de la finance s’apprête à s’emparer de la France et il le doit à la toute puissance de l’empire politico-financier. »

    Revolta :  » Dans ce marasme les gens vont le trouver normal et rassurant. Une douce laisse, voilà ce que veut la majorité « 

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    Gaëlle

    Bonjour les copains !
    @Revolta : étais-tu vraiment bien réveillée ? car perso depuis déjà cette nuit, et encore plus depuis ce matin, c’est Mélenchon qui, une fois de plus, est donné comme le plus convaincant, et de loin ! et ça c’est encourageant. Avec en plus pas une cigarette (ni industrielle ni « mystique », comme dit Sonneper) depuis samedi, je vous raconte pas comme j’ai le smile !!! 😀

    http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Sondage-Ifop-L-incroyable-mutation-d-image-de-Melenchon-1225403

    @Personne : c’est moi qui me laisse avoir de plus en plus par la forme, ou tes mains sont de plus plus intelligentes ? Tu sais que c’est à ça qu’on reconnaît la vérité : quand forme et fond s’épousent tellement qu’ils ne font plus qu’un, on ne distingue pas l’un de l’autre. C’est exactement ton cas, depuis toujours certes mais de façon de plus en plus accomplie, achevée je dirais. (tu te souviens, un jour, je m’inquiétais de ta « progression » : « comment pourrait-elle continuer d’évoluer, si elle est déjà parfaite ? » Mais je comprends maintenant que puisque tes personnages épousent le réel, qui lui est en permanente mutation, tu ne peux qu’évoluer continuellement. ) Je t’aime très fort, merci pour tout.

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    Revolta

    @Gaëlle

    Fut un temps ou Fillon m’aurait consolée de Marine. Après avoir découvert qu’il n’était pas l’honnête homme que je croyais, c’est Mélanchon qui me consolerait de Marine. Bien qu’il arbore fièrement à la boutonnière son triangle rouge de Maçon, il en représente le bon côté, l’humanisme. Ce qui me plaît tout de même chez lui, c’est son côté tribun gaulois : il ne l’envoie pas dire, même s’il est rusé comme un paysan. Pour qu’il soit au second tour il faudrait que Hamon se désiste. Mais les socialos le lui défendront, car ils préfèrent bouffer à la soupe de Mac Macron. J’ai un frère qui votera Fillon pour sortir de
    l’ ISF. Pour lui Marine est communiste… Un autre qui est fan de Mélanchon. Un autre je ne sais pas, il est juste très catholique. Et moi je vote Marine. Cet éparpillement est à l’image de la société ; dans tous les cas il y aura bien des mécontents, et donc des troubles probables. Ca va j’ai un stock de coquillettes pour les poules…


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