Émeline ou de l’éducation 3


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Émeline est un joli prénom.
C'est le prénom de ma grand-mère.
Un être que j'aimais passionnément.
Ce fut ma première institutrice.
La première à mon sens
à saisir l'essence d'un caprice.
Le caprice d'un enfant.

C'est elle qui m'a tout appris
en m'apprenant
qu'il y a plus de choses à laisser
qu'à prendre ou à apprendre.

En premier,
tous les verbes inappropriés :
élever, dresser, domestiquer,
éduquer, apprivoiser.

Élever n'a jamais élevé personne.
Au diable les éleveurs !

Pour elle,
ce n'était pas un mal d'être un animal.
Ce n'est pas bestial mais viscéral.
Une pulsion n'a besoin
ni d'élevage, ni d'élévation,
mais d'expression, d'explosion,
d'éclatement.

Auprès d'elle, je m'éclatais
parce qu'elle me laissait être,
instinct dans l'instant.
Sans raison et sans peine de prison.

Avant d'apprendre à lire,
à écrire et à compter,
j'appris à raconter :
il était une fois, la joie.

Et pour vivre,
je compris qu'il faut se la raconter
plus d'une fois...
cette histoire, plusieurs fois même
pour que la joie demeure.

Pour ma grand-mère,
c'est la tristesse qui est un leurre.
Je vis, je meurs, mais entre les deux,
je choisis d'en rire
pour ne pas mourir imbécile.
L'imbécile est celui qui a besoin
de béquilles pour avancer,
pour tenir debout
ou intégrer le troupeau.

Elle m'a laissé tomber plus d'une fois
pour que je crève
ou me relève toute seule.
Pour que je me redresse,
elle n'a jamais cru bon de me dresser.

Elle avait horreur du dressage,
du lavage de cerveau...
elle me laissait aboyer,
gratter désespérément aux portes fermées
et lui mordre les mollets
pour que mon instinct et mon destin
ne fassent plus qu'un.

Pour être, me dit-elle,
on n'a pas besoin de témoin,
assistant ou assisté.

Et pour me faciliter la vie,
elle m'apprit juste une petite théorie :
La théorie du comme si.
Qui fait de tout homme,
selon elle, un singe en sursis.

Et quitte à faire semblant,
autant faire semblant
d'être au-dessus de la mêlée.

Je souris
comme si je ne craignais rien.
Je ne pleure pas
comme si j'avais réussi à noyer mon chagrin.
J'agis avec tout le monde
comme si j'étais seule au monde.
J'agis toute seule
comme si j'étais avec tout le monde.
Un peu comme Saint Augustin,
je me dis qu'il faut tôt ou tard
finir par choisir entre
le bon Dieu ou le jeu.
Entre l'éludé ou l'illusion.
Entre l'être et le néant.

Auprès d'elle, ce fut
toujours comme si, jamais comme ça.
Le monde pour elle est ainsi fait.
Il est toujours en retard sur lui-même.
Et pour ne pas sombrer,
il faut qu'il apprenne
à faire semblant d'être à l'heure,
de croire au bonheur.

Et si on refuse de jouer cette comédie,
nous devenons des jouets
pour une plus vaste tragédie.
C'est curieux mais ce n'est pas sérieux.
Parce que ce n'est pas sérieux
de prendre les choses au sérieux...

Ce qu'on espère,
ce qui nous désespère
n'aura pas lieu...
tout l'être, tout ce qui est,
est décalé.
Il y a du jeu dans l'être
qui met tout être en jeu.

L'éducation est continue,
que l'on soit jeune ou vieux
parce qu'on n'a jamais fini
d'apprendre ce que c'est que le jeu.
Le jeu des pistons
dans une voiture de course.
Le jeu des hommes
avec les cordons de la bourse.
Le jeu du hasard
avec la nécessité.

Sois forte, me disait ma grand-mère.
Il suffit de faire comme si je l'étais
pour l'être à jamais...
et j'en raffole encore de cette école...
qui a toujours su marier
l'absoluité et la légèreté.

Regardez autour de vous,
un peu partout,
vous n'y verrez que des singes
qui en savent moins que vous
en matière de jeu,
parce qu'ils ignorent
qu'ils jouent à ne pas jouer un jeu...
ils sont en sursis !
Personne

 

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3 commentaires sur “Émeline ou de l’éducation

  • avatar
    Pascal

    Superbe billet-réflexion sur l’éducation et le jeu, avec une mère-grand et sa philosophie formidable.

    Sur il était une fois la joie et l’école, et le jeu, me fait penser au témoignage d’André Stern, qui n’est jamais allé à l’école mais a développé l’enthousiasme d’apprendre, a expérimenté ce que certains font dans certaines écoles un peu atypiques, de ce que j’avais zyeuté. Me laisse rêveur.

    Histoire d’un moment d’arrivée

    Sur une ligne d’arrivée : 

    « You ouh ! »

    « Vous êtes arrivé en retard, monsieur ! »

    « Mais… Je suis arrivé, non ? »

    « Pas au bon moment ! Je veux dire, il fallait être plus réactif, plus rapide ! »

    « Ben, c’est une vue de l’esprit ! Vous m’aviez pas vu, mais j’étais déjà là, présent sur la ligne, avant même que je ne démarre ! »

    « Très spirituel ! »

    « Merci ! »

    « Mais ça ne change pas le résultat ! »

    «Là, maintenant, tout de suite, je suis là, non ? Comment pouvez-vous attester que je n’étais pas là un instant auparavant ? »

    « Parce que nous en parlons ! »

    « Nous en parlons parce que vous dites que je ne suis pas arrivé assez tôt, hors, je vous dis que si je suis là, c’est que je suis au moment où je devais arriver, mais que je suis arrivé dans tous les cas, cqfd ! »

    « Euh… non ! »

    « Jeu m’a tué…»

    « Vous vous êtes tué ?! Pour un mort, vous parlez beaucoup ! »

    « Façon de parler ! »

    « Bon, en attendant, ma parole, vous avez perdu ! »

    « Et si je jouais la carte du phénix ? »

    « Je suis incorruptible ! Vous n’êtes pas arrivé à temps selon les règles, vous avez perdu. C’est tout ! »

    « Pfff… Z’êtes pas drôle ! »

    « Je pourrais l’être, drôle, du moins, je crois, mais là, ce n’est pas mon rôle, je ne suis pas sur cette ligne pour ça ! »

    « Je marchais le long de l’abîme,
    Rempli des caveaux d’instants
    Qui sont restés contingents,
    Quand, en soulevant un ultime,
    Je m’y vis, allongé, sous une pluie,
    Accompagné d’un tas de poussières,
    Et bien que j’essayai d’ignorer l’ennui,
    Je ne pus me détourner du sort des vers,
    Du moins, j’eus l’impression d’un jour,
    Puis je réalisai que l’instant ne tenait pas là,
    Qu’il ne tenait qu’à moi de choisir de la voie,
    De composer d’une certaine façon dans le séjour,
    Alors je m’en suis détourné, me suis mis à courir,
    A tracer sur le chemin, selon un propre référentiel,
    Et depuis lors, toujours j’arrive au bon moment, sous le ciel,
    Qu’importent les nuages ou le voile de nuit, il y a toujours à se réjouir !

    Alors, verdict ? »

    « Pas mal, mais dans mon référentiel, vous êtes arrivé en retard, alors non. Soyez bon perdant et acceptez d’avoir perdu ! Et puis, peut-être que vous vous êtes trompé vous-même, et que vous n’êtes pas arrivé là où vous deviez arriver ?! »

    « Je suis bien arrivé ici, là, au moins, non ? »

    « Certes ! »

    « Qui arrive, même si il perd, est quand même arrivé.

    Cela va être ma nouvelle maxime ! »

    « Euh, je comprends pas trop ce que vous voulez signifier ? »

    « Moi non plus ! Je vous le dirai quand je serai arrivé ! »

    « Euh, c’est censé être drôle ?! »

    « Cela non plus, je ne sais pas encore ! »

    « Mouais, bon… Je veux pas vous vexer, mais j’y vois une façon de tenter de vous rassurer. Vous avez perdu, mais vous brodez pour chercher à sauver la face ! »

    « Que vous dites, msieur le juge ! »

    « Bah, pensez ce que vous voulez de ce que je pense, cela ne change pas un fait ! »

    « Bon, bon, soit, d’accord ! Je lève le drapeau blanc, et vous lèverez le vôtre ?! »

    « Bien essayé, petit malin, mais même si je le fais, cela ne changera pas votre temps sur le tableau d’affichage ! »

    « Tout de suite ! Mais bon, d’accord… M’enfin, vous confirmez quand même que je suis bien arrivé ici ?! »

    « Oui, oui ! »

    « Youpi ! »

    « Mais vous avez perdu ! »

    « Oui selon votre référentiel, oui et non du mien ! »

    « Euh… »

    « Mon référentiel à moi, si vous avez toujours pas compris, c’était… euh… d’arriver au moment d’arriver ! »

    « Vous pouvez inventer vos propres règles, mais cela ne change rien au résultat ! »

    « Oui, bon… N’empêche ! »

    « Si ça vous fait plaisir, je veux bien noter que vous êtes arrivé au moment d’arriver ! »

    « Merci ! »

  • avatar
    Tony

    Émeline ou la divine providence , donc c est votre grand mère qui vous a fait guerrière , vitre père écrivain , romancière lol votre mère l art et c est manières , je ne suis quand partie d accord avec vous , votre parcours est magnifique a la croisez des 3 des grand desseins , et papy il fessez quoi lol , de la résistance , l un s appelez Antoine , ma mère voulez m appelez Antony mais elle a choisie Tony , marrant s était du coter de mon père sa , mon père était dans la résistance , très tôt , sont père prisonnier déporter , il en a chiez le papy , du coter de ma mère le papy était militaire , débarquement puits engagement gendarmes , 5 enfants , eux on en chiez , la fait toutes les guerre le papy , pour la France comme qui direz , sa a jouer sur toute la famille , lui était blinder , immunisé mais pas eux , la grand mère Éliane , est né a Paris juste a coter de chez ma mère lol ou elle habite gare de l est 10 eme , pas loin de chez Jlm , même mon père a habiter pas loin lol , 1 paté de maison , en ce temps l eau s était aux puits et depuis l eau yen a plus dans les fontaines , ou plutôt on a enlever les fontaine , pour éviter que les pauvres s attarde a prendre des douches peut être , va savoir charlie , ma grand mère était incroyable aussi , Instite aussi lol , tout les jours 10 Km a pied en Bretagne sa vous gagne , puit elle tenez la maison comme une souveraine , les enfants 5 quand même , 2 filles 3 garçons etait bien éduquer mais il avait morfler , leur sens avait prit un coup émotionnel mais la mamie elle tenez toute la baraque a elle toute seul et ne nous oubliez jamais , sacrée dame
    des jeux et des singes , de la divinité cacher vous diriez , vi c est vrai , comme dab vous avez raison , vous en avez pas marre d avoir toujours raison lol , mais attention petite pan terre les choses ne sont pas si simple les mystère ne sont pas si cacher e les consciences si fermer , l amour cet énergie a envie et tellement diversifier lol , le grand on fini par le croisez aussi , quelques fois , ouvert a la foi de la vie a toute sont energit , cette source intarissable , indéfinissable sur laquelle on pose tellement de mot , et qui dépasse tout les maux
    les gens sont ds moutons , ok ! on est des agneaux lol , tout le monde triche , hum ses presque sa , mais tout le monde est très riches , pour peu que les conditions soit la un minimum , on peut pensez que l humain oubliez l amour , même s il est partout sous tout contour , qu il oublie le divin nectar , la divine matrice , le singe l oublie lol , pas sur qu il ne soit pas vraiment ouvert , on ne sait pas en faite , notre instinct , notre intuition voir imagination , pourrez trouver quand on se dresse a jouer a ce jeu , la divinité est un jeu , le je peut cacher du divin , dans l absolue , ha j ai éternuer , j ai du lâcher quelques éons lol pardon , allez je commence a m enrhumer
    l important ses aussi de trouver du divin dans chaqu un , non ses en vain lol ?
    L ‘ Âmour ou le Divin c est aussi le grand jeu de la vie dans un bâtiment sphérique ou les composants attirant le danger n est qu un aimant et puit pour ceux qui oublie de jouer et de jouer du divin , ba ils l on dans le fion lol
    https://www.youtube.com/watch?v=Dr1nN__-2Po
    salutation fraternel

  • avatar
    jacou

    Magnifiques Emeline , la grand-mère et la petite-fille

    Pour vous deux , un extrait du Prophète de Kalil Gibran :

     » Des sages sont venus vers vous pour vous donner de leur sagesse . Je suis venu pour prendre de votre sagesse :
    Et voici que j’ai trouvé ce qui est plus important que la sagesse .
    C’est un esprit de feu en vous toujours s’accroissant de lui-même ,
    Tandis que vous, indifférents à son développement, déplorez la flétrissure de vos jours.
    C’est la vie à la recherche de la vie dans des corps qui redoutent le tombeau « 


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