Personne: Madame, je vous souhaite la bienvenue

Lagarde: c’est un peu convenu comme entrée en matière…

Personne: vous allez sans doute être mise en examen tout à l’heure

Lagarde: peut être bien que oui… peut être bien que non

Personne : on dirait que le verdict populaire vous indiffère ?

Lagarde: comme tout jugement infondé, tout préjugé mais rassurez vous ce n’est pas devant vous que je risque de me prononcer sur cette affaire.

Personne : vous avez tout de même favorisé un nanti aux dépens de tout le pays?

Lagarde: tout ce que je puis dire sans vous contredire c’est que le droit n’a pas tous les droits on ne peut pas mettre en examen la bonne foi.

Personne : on dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions !

Lagarde: ça ne nous autorise pas à laver le paradis de tout soupçon

Personne : il va falloir nous éclairer sur cette étrange dialectique entre argent public et argent privé… c’est censé être votre métier, non ?

Lagarde: quand on sert la justice on ne regarde pas à qui elle va profiter.

Personne : logique de classe : les puissants servent les puissants, l’argent va à l’argent… au diable les petites gens…

Lagarde: je ne suis pas très sensible à la rhétorique égalitariste… je suis économiste, pas moraliste.

Personne: il n’y a pas que la morale, le droit aussi réprouve tout trafic d’influence, surtout de la part de ceux qui gèrent nos finances.

Lagarde: je saurai devant les juges fonder en raison ma compétence. Autrement dit, pas la peine de rôder autour de ma bonne conscience

Personne: vous m’avez l’air sûr de vous, d’où vous vient ce pouvoir ?

Lagarde: du peuple ah! Ah! Ah! Non. Le pouvoir vient du pouvoir. Il faut avoir le pouvoir pour avoir le pouvoir… c’est  pour cette raison que les peuples poursuivent leur lutte pour l’avoir parce qu’ils ne l’ont pas encore, pas tout à fait… c’est l’essence du politique.

Personne : l’argent y est pour beaucoup, non?

Lagarde: c’est ce que disent ceux qui ne l’ont pas. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. C’est une question de gestion et non d’accumulation. On vient d’annoncer que l’éducation nationale ne manque pas d’effectifs mais d’effectivité, d’efficacité, de performance. Le mal français est là, dans l’incompétence. Beaucoup de bruits pour rien comme dirait Shakespeare.

Personne: Pourquoi ce besoin petit bourgeois de citer, de ressusciter les morts pour se justifier ?

Lagarde: il vaut mieux citer un grand en le sachant que de citer un petit sans le savoir. La culture n’est pas un argument petit bourgeois mais tout l’édifice qui nous dispense des artifices. Et nous protège de l’ignorance.

Personne : et tous ces ministres du budget qui tombent les uns après les autres, c’est sous quel effet ? Du hasard ou de la nécessité ?

Lagarde : quand le pouvoir n’a plus assez de pouvoir pour s’exercer il cherche de l’argent en ignorant que l’argent n’apporte que de l’argent pas le pouvoir. La mondialisation s’est constituée à partir de cette confusion… funeste et immodeste

Personne : c’est l’effet pervers du libéralisme qui a confondu la liberté avec les moyens qu’on organise et non avec la fin qu’on vise.

Lagarde: quitte à faire l’avocate du diable, je dirais que le libéralisme est comme ce serpent qui s’est mordu la queue en voulant le beurre et l’argent du beurre, La liberté comme fondement et la liberté comme but. C’est soit l’une, soit l’autre.

Le libéralisme s’est condamné en voulant les deux : la liberté pour la liberté, le pouvoir pour le pouvoir.

Personne : et l’argent pour l’argent… c’est ce qui a conduit à la ruine du capitalisme…

Lagarde: ne vous en faites pas… il renaîtra de ses cendre…parce que les hommes sont gourmands… trop gourmands! Et ce serait vous mentir que de ne pas vous dire que j’ai probablement été l’instrument de cette gourmandise.

Personne : Pour ne pas être en reste, je vais vous en citer un pour conclure… un vivant qui a de quoi nous effrayer… il s’appelle Michel Onfray :

« Les élections sont des parodies qui se servent des grands mots – Démocratie, Peuple, Nation, République, Souveraineté -, mais qui cachent mal le cynisme des gouvernants : il s’agit pour eux d’installer et de maintenir en place une tyrannie soft qui produit un homme unidimensionnel – le consommateur abruti et aliéné – comme jamais aucune dictature n’a réussi à en produire. »

Share Button