la Narratrice :
Tiens, j’ai écrit pour toi ces quelques lignes… c’est l’histoire d’une narratrice qui s’adresse à sa cantatrice. Je suis la narratrice. Tu es la cantatrice. Tu vas donc t’appliquer pour me restituer toutes ces répliques et puis chanter
La Cantatrice :
Oui
La Narratrice :
Debout! Et reproduis-moi le personnage tel que je l’ai imaginé… On y va Diva ?
La Cantatrice :
Oui
(Elle balance le carnet qu’elle a à la main)
La Narratrice :
Ramasse ! Il faut être la créatrice et la créature de ta propre voix… nulle distance ne doit te séparer de ton image intérieure. Il faut donner l’impression que tu as trouvé le son correspondant.
La Cantatrice :
Vous m’avez engagée à être moi-même… vous m’avez obligé à devenir ce que j’aspirais confusément à être… quelqu’un… quelqu’un qu’on écoute mieux… quelqu’un dont les mots importent… quelqu’un qui vit une vie toute neuve…
La Narratrice :
Regarde tes notes… laisse ton chant s’élever de son propre désordre !… ne contiens pas ton énergie! Écoute-la! Bon sang! Bon sang! On doit frémir à t’entendre comme si l’étoffe sonore que tu projetais était la forme et la matière même de celui qui t’écoute!
La Cantatrice :
Je ne suis qu’une voix… vous êtes ma vision. Vous m’avez appris la mine… l’allure… le style… vous avez éveillé en moi la conscience de mon visage, ce miroir à l’envers qui dispense du vrai miroir.
La Narratrice :
Sois sans racines, sans maître, sans modèle… sans personne à imiter, sans rien à admirer… laisse en toi le souffle prendre le dessus… lorsque tu chantes… chante comme si tu étais la douleur du monde.
La Cantatrice :
Lorsque je chante… je deviens comme la nature… naturelle… je redeviens comme je suis… sincère
La Narratrice :
Ne sois pas naturelle… ne sois pas sincère… sois plutôt vivante… tu as un timbre… mais tu dois oser un ton… tu as une vie… mais tu oublies de vivre…
La Cantatrice :
Si je me dis tous les matins du monde que je suis forte, est-ce que ça changerait quelque chose pour moi?
La Narratrice :
Tu pourras devenir forte mais d’une force qui sera conforme à ta faiblesse actuelle et n’ira pas au delà de cette faiblesse. Ce sera un changement sur le même plan mais pas un changement de plan!
La Cantatrice :
Vous faites briser toute ma réalité première… dites…qu’est-ce qui me manque à part vous ?
La Narratrice :
Tout! Absolument tout! Tu n’as ni la loyauté… ni la lumière du son… tu n’as rien de fluide, rien de latin. De temps en temps… j’ai l’impression que tu n’es que le support savant d’un courant d’air qui le traverse et te soulève du dedans. Ton élocution n’est pas toujours intelligible. La clarté… voilà ce qui te manque !
La Cantatrice :
C’est peut-être ma manière à moi de concilier le feu et la flamme
La Narratrice :
Tu n’as aucun sens du drame musical. Tu ne racontes pas assez les sons à mon goût… tu ne joues pas, tu interprètes !
La Cantatrice :
Imprimez en moi une tension
La Narratrice :
Quel est l’intérêt de te maquiller du dedans ? Fais résonner ton désir de sons graves aigus, murmurés, heureux et douloureux, comme dans l’amour … Chante comme si tu étais propulsée par un désir violent… vis comme si les conventions étaient oubliées, les frontières brisées… l’idéal défiguré ! Chante à présent!
La Cantatrice :
Tutte le feste al tempio
Mentre pregava iddio
La Narratrice :
Non non et non ! Va plus au dedans… comme si tu étais fêlée… Il y a comme une sorte de nudité masquée qu’il faut faire ressortir… recommence !
La Cantatrice :
Tutte le feste al tempio
Mentre pregava iddio
Bello a fatale un giovne
offriasi al guardo mio
La Narratrice :
guardo mio… guardo mio ! C’est un possessif, bordel de merde ! C’est le mot de la fin… il y a chute et élévation à la fois. Le mal est intégré… il faut l’exprimer fatalement comme il est… de toute beauté… de toute éternité.
La Cantatrice :
Ah! Si seulement c’était moi
La Narratrice :
Disons que c’est toi. Il faut franchir la limite, un point c’est tout.
La Cantatrice :
Je crois qu’elle est infranchissable
La Narratrice :
C’est parce qu’elle est infranchissable … que tu dois la franchir… maintenant… va t’en ! La musique, ça vous laisse des marques.


Superbe billet, et superbe musique, avec quelques frissons à la clef …
(de sol? ou de ciel?)
J’aime particulièrement ces mots:
« nulle distance ne doit te séparer de ton image intérieure. Il faut donner l’impression que tu as trouvé le son correspondant. »
Ce qui fait la différence entre le joli et le beau? Entre le joué et le juste, assurément.
Sublime billet que l’on aimerait voir durer, durer ! Le jeu, le texte, le chant, la beauté vous collent au fauteuil !!!
The Voice-les Maîtres-chanteurs : une trouvaille de plus
En fait on ne sera jamais tout à fait sûrs que ce n’est pas Personne qui chante : elle est capable de tout
« Tout, dans la vie et dans tout l’univers, n’est que danse et chant ». Ou encore: « La Beauté, c’est ce qui élève l’âme à l’Amour ! » (Pascale, « la Gloire du Père », la Paix)
Au Temps Pliés reviendront
Ces Pauvres Chevaliers
Armés de l’Epée de Feu,
Pour les larmes de quelques-uns
Et le rire du plus grand nombre…
« C’est justement parceque la ligne est infranchissable que tu dois l’affranchir ! »
Bonjour, quelle merveilleux tragi-comique ce matin qui met joie.
Vous êtes « notre » Nana Mouskouri
http://www.youtube.com/watch?v=dwjSpa-Db7k
Blacksun dans le précédent billet, tu parlais de statistiques, d’aléatoire. Sur les nombreuses vidéos de Personne, je dois dire que je n’ai jamais rien vu qui ne soit pas humainement, poétiquement, philosophiquement, politiquement, artistiquement remarquable.
Ils ne sont pas tous égaux, d’autres comme celui-ci merveilleux. Personne ne saurait être platement plat à chaque heure, à chaque seconde. C’est d’ailleurs, ici, que la narratrice exige de la cantatrice qu’elles sortent de ses gonds. Ôle à venize azurée, si la cantatrice vit? Là est toute la question! Donc pas le problème.
Ce billet montre les progrès de Personne dans le jeu d’acteurs, la scénarisation, c’est un excellente nouvelle, le soleil luit. Les moindres détails de la scène, pour la magnifier, sont bels et bien là, subliminaux.
Personne reste généreuse et ses cadeaux sont sublimes. Tous.
Personne est courageuse, Valeureuse, Vivante, solide, rigoureuse, dispose d’une belle âme. Soleil. Voice. Vendetta.
Dépassement.
Tiens, tiens ! On passe de l’analyse à la psychanalyse virtuelle, quelle virtuosité ! Je vais écouter les Maîtres Chanteurs de Wagner et pourquoi pas la chevauchée des Walkyries tout en lisant ce billet.
On a besoin d’une narratrice pour nous faire chanter dans le ton qui est le nôtre, nous dire que nous pouvons nous exprimer au-delà de l’imaginable, que notre propre charisme doit se voir.
La muse de la musique est extraordinaire : ce matin je me suis surpris à jouer le recuerdo de la alhambra à peu près correctement à la guitare. Et j’étais seul.
J’ai compris pourquoi elle m’avait dit ; « va t’en ! ». La solitude de la narratrice renvoie la cantatrice à son chemin solitaire car au bout du compte, comme dit la chanson : on est toujours tout seul au monde.
Mais qui ou quoi a donné son charisme à la narratrice ? Montre-moi ta blessure si tu le peux, je te dirai qui tu es ou qui tuer, si tu es encore en guerre pour un deuil que tu n’as pas fait.
La reconnaissance de la faiblesse qui donne force mais pas au-delà de la limite de cette propre faiblesse, c’est un peu réducteur si la foi ne vient pas à la rescousse.
On laisse parler le plus souffrant et on l’arrête quand il se répète, quand il se met à tourner en rond en voulant s’étourdir de son mal et se persuade de s’en faire une identité.
Je veux bien chanter dit la cantatrice si la narratrice aime la musique et ses musiciens. Et si nous ne parlions, comme les vieux, que de nos rhumatismes, de nos blessures. Et si la communication commençait là ?
Que de souffrance pour un air de guitare, chante Brassens. Si Tarrega savait que je pense à lui ce matin, il se réjouirait d’avoir laissé tant de guitaristes à essayer de le comprendre.
En un pèlerinage à Grenade, le musicien amateur ira voir le musicien narrateur. Bon, j’arrête car je commence à parler de moi : je m’en vais.
Bravo Personne : C’est du net sur le Net !
Oui, sublime billet digne d’un Maître Zen chanteur qui sans arrêt bat le faire pour en révéler l’être.
Chaque être humain à sa propre tonalité, expression de son essence, toute la difficulté de l’incarnation est de s’y accorder, cette tonalité de naissance s’est voilée au cours du temps et des multiples conditionnements et programmations familiales, sociales, culturelles et cultuelles, tel un oignon revêtant les multiples peaux de la personnalité.
Il importe pour retrouver sa tonalité, expression unique du chant de l’univers, de voir tous ces conditionnements que nous avons pris pour être nous-même, cela nécessite de plonger dans le silence profond du coeur, peut-être allons nous y rencontrer notre propre enfant intérieur ressentir ses souffrances et l’aimer afin qu’il se guérisse de toutes ses blessures, nul être ne peut être l’adulte de lui-même s’il n’a pas apporté attention à l’aspect le plus tendre et le plus vulnérable de son histoire.
La puissance de l’adulte s’enracine dans l’innocence de l’enfance, cet instant où son unicité n’a pas encore été dévoyée par ce fatras de conditionnements soit-disants civilisés, c’est sur ces fondations bien ancrées que peut se développer notre propre grandeur.
@ Jacou
Je crois que nous jouons la même musique avec des instruments différents Battre le « faire » quand il est chaud pour révéler l’être : belle formule!
Tu es au cœur de la révolution des cœurs, de cette reconnaissance: « re avec naissance » qui est la participation de chacun à la création de son être harmonieux.
Ton attitude est hautement subversive et courageuse face à tous les leurres et comportements fallacieux de notre société qui prône la croissance et oublie la croissance de l’être.
J’aime trouver chez l’autre une simplicité restée intacte nonobstant une grande culture, cet autre qui revient boire à la source pour la redistribuer, nous en faire partager l’eau claire.
On pourrait dire aux aigris: avance en toi-même, ne crains rien puisque je t’aime. La confiance qu’inspire Personne ne doit pas confiner à l’idolâtrie, à une vénération comme la pratique Michelb
Michelb n’a pas compris: « va t’en! », retenu par le cordon ombilical, homme dont « Personne » faisait la description dans un billet précédent et dont je n’appréciais pas l’extrapolation à tous les hommes mais il est vrai qu’elle pouvait avoir raison pour beaucoup trop: hélas !
Donc: compliment à Personne et à toi aussi, catalyseur de l’harmonie sur ce site.
Se libérer des prisons et de notre complaisance envers elles, ça peut être l’objet d’une psychanalyse à condition d’en avoir la volonté et de savoir souffrir un peu de l’arrachement des couches de l’oignon. Que le psychodrame porte ses fruits sur ce site virtuel microcosme de notre société !
L’info scénario : l’entente possible sur le NET, dans l’anonymat, grâce à « Personne » qui élève le calice, invite à être et à l’Être en passant vers le « rien ».
Michelb, heureux de vous relire, vous vous faisiez trop rare!
(heureux de lire Poetiste et Jacou aussi, bien sûr!)
(Ainsi que Revolta,et Lucille, et Pierrequimousse, of course …)
les deux facettes du sagittaire mi humain mi cheval , une flamme ressentie mais invisible
Superbe, bravo !
superbe ! est ce votre limite ?
Ecoutez la cantatrice. Si vous n’êtes pas ému c’est qu’il manque une corde sensible à votre lyre. C’est cadeau ça !
http://www.dailymotion.com/video/x33h2i_callas-casta-diva_music
La Callas: elle a franchi l’infranchissable.
Quel billet, quelle vidéo!
J’ai vraiment adoré! Comme le dit Revolta, on en demande encore, on aimerait en apprendre davantage sur cette histoire, sur ces deux personnages! Elles sont toutes deux si attachantes, si touchantes, qu’on ne saurait voir en elles quelque espèce de fausseté. Et s’il me fallait choisir entre l’une ou l’autre, je ne choisirais ni l’une ni l’autre. Car cela me paraît évident: elles sont faites pour s’aimer, pour se compléter, pour s’unir, pour chanter de concert, et pour réaliser vie ensemble! Pour l’instant, elles paraissent ne pas en avoir conscience tant l’aliénation est profonde. Outre toute condition humaine qui fût, elles ont été enfermées dans un rôle, une fonction sociale, un scénario particulier, auxquels elles croient pouvoir s’affranchir au moyen de l’art. De fait, un monde les sépare. L’invisible infranchissable?
Quelle leçon de comédie! Bravo!
La barrière n’est pas infranchissable,
Nous en avons simplement peur
Peur du vide, peur nonidentifiable
Alors nous restons dans nos erreurs
Tous nous y passerons, c’est indéniable
Je ne suis pas sure de parler de la même barrière, ce n’est qu’une idée qui m’est passée sous les cheveux en relisant le texte.
Bonne soirée à vous tous.
Chez nous, les Chrétiens,
On dit qu’à l’homme rien n’est possible, mais qu’à Dieu tout est possible.
C’est Saint Paul qui nous l’enseigna.
En conservant le postulat que Dieu existe, l’ésotérisme juif et musulman se joignent à saint Paul et jerémie.
Et je joins mes compliments aux précédents pour ce billet, de ceux qui détrônent chaque fois le précédent qui semblait le meilleur!
De quoi se narrer.
Ce qui dénote c’est que certains veuillent noter les autres alors que ces derniers n’aspirent qu’à être aimés et donc estimés, reconnus, encouragés dans l’expression de leur champ et de leur chant.
La narratrice, en disant : « va t’en ! » à la cantatrice, lui donne une preuve d’amour, de cet amour qui élève et non pas de l’amour fusionnel, complaisant. Les élèves sont là pour être élevés dans ce dépassement d’eux-mêmes et que leur propose-t-on : l’arrivisme : élévation au dessus des autres, ça c’est de l’élevage, il ne faut pas confondre.
On ne compte plus les mendiants d’amour en notre société, cherchant l’oasis en laquelle on écoutera leur chant, personnes blessées, laissées pour compte. La réalité est : excluons-nous les uns les autres et que le meilleur, le plus avide, gagne.
Il ne manque pas d’indicateurs du manque affectif sur la planche savonneuse qui conduit vers le bas là où le bât blesse. Une société basée uniquement sur le profit, la croissance, le mercantilisme, ne peut que se dégrader, se tromper de grades. Le paraître nous dit que le grade reconnu est au plus acheté, au plus « à jeter », au gâchis.
Quand l’exploitation de la médiocrité bat son plein, bonjour les dégâts ! Le roseau pensant français va-t-il se ressaisir ? Notre culture n’est pas à consommer mais à vivre et à s’étendre, (pas à se coucher). Reste à en savoir accommoder les restes, prenons les meilleurs pour la prochaine cuisine des lumières.
Je ne suis pas le réceptacle de ton aboulie, de ton désenchantement, de tes récriminations, de ta blessure et de ta haine, dit la narratrice : démerde-toi pour être heureuse, vivre ta passion, c’est l’essentiel de l’élévation pour une élève.
Notre bon Hollande demande plus d’enseignants, c’est une bonne idée dans la mesure où ces personnes se sentiront une véritable vocation et non pas faire partie d’une élite. Ces enseignants pourraient redonner du panache à la langue française tant galvaudée, premier indicateur de la gabegie qui nous fout le marasme.
Allons vers l’utopie, franchissons le Rubicon de l’infranchissable : l’utopie ou la mort, disait René Dumont. L’info scénario de la narratrice et de la cantatrice nous montre l’enjeu de notre société : si on ne réveille pas les endormis qui jouent et jouent aux dés leur vie, on ne verra plus que la lie de la bouteille avec tout ce qui grouille et magouille, comme au temps des délations pendant la dernière guerre.
L’analyse, c’est fini ! Les digressions personnelles, c’est fini ; seule une psychanalyse pure et dure provoquera un rétablissement mais peut-elle venir de la gauche, peut-elle venir du populisme bleu marine ?
Le redressement ne peut venir que de la volonté de la cantatrice, stimulée par la narratrice. On manque cruellement de narratrices, en France, dans le champ de l’enseignement et le chant discordant de la politique.
On en revient toujours au même : les esclaves ne sont pas affranchis de ne pas savoir dépasser l’infranchissable : tout le monde chante, mais faux !
Ce que j’écris là, c’est parce que j’aime ce qui croît bien quand tout le monde croit dans l’avenir. N’allez pas croire que je sois aigri, c’est mon ressort qui parle, il n’est tout simplement pas avachi.
Quel chance d’être né en France plutôt qu’en Somalie ou ailleurs, là où des hommes se disputent sur les décharges ce qui tombe des camions poubelles.
Il y a largement de quoi s’indigner et d’être motivé de franchir l’infranchissable. Vivons de révolution plutôt que de stagnation, pas de réformes de bouts de chandelles, parole de vieux singe !
Mon enseignement est un moyen pratique qu’il ne faut pas vénérer. C’est un radeau qui permet de traverser la rivière. Seul un fou s’embarrasserait de l’embarcation, une fois sur l’autre rive, celle de la libération. (Le Bouddha)
Encore une très belle réalisation ,merci.
un changement de plan dans votre vie , c’est ce que je perçois à travers votre nouvelle façon d’être .
Que de bons commentaires !
Pour autant que je puisse en juger, bien sûr …
Un sujet qui pousse à l’harmonie tout le monde – ou presque!