Nous nous sommes retrouvés
Le jour J, à l’heure H
Sur les lieux du rendez-vous
Il n’y avait plus que nous
Nous étions à quelques mètres
L’un de l’autre
Prêts à en découdre
A la loyale
La vie est pour celui
Qui tirera le premier
Nous nous haïssions…
Parce que j’étais chrétienne
Parce qu’il était musulman
Nous n’avions pas le moindre trait d’union
Ni les mêmes gènes, ni la même veine
Je suis la fille de personne
Il était le fils de quelqu’un
Il avait les raisons… j’avais les moyens…
De nous en vouloir…
Pour ce que nous sommes
Avant d’être hommes
Nous fûmes des bêtes de somme
Qui s’étripent pour s’émanciper
Ou qui s’émancipent pour s’étriper
Il m’a regardé dans les yeux
Et nous nous sommes fixés longtemps
Sans bouger le moindre cil
En se disant : alors qu’est-ce qu’il attend ?
Mais aucun ne fut vraiment pressé
De raccourcir cet instant de suprême cruauté
Avec un je ne sais quoi de…
Non… ce n’était pas de la volupté
Non… je ne sais plus ce qui nous est arrivé
Mais… je l’ai vue… cette larme,
Glisser le long de sa joue…
Celle que je visais…
Il rangea son arme, arracha sa chemise
Et m’offrit son torse… Nu
Pour que j’implante
Mes griefs et mes griffes
Et je ne sus quoi faire, ni quoi dire
Parce que je venais de réaliser
Que cet enfant de putain
Ce moins que rien
Etait… mon frère !
Comment je l’ai su ?
Comment j’ai compris ce qu’on ne m’a jamais appris ?
J’ai senti son cœur
Battre la même mesure que le mien
La même… la même mesure
Je lui ai demandé d’où il venait
Il m’a demandé où j’allais
Et nous ne nous sommes plus jamais quittés
Même terre… même mystère
Et nous avons compris pourquoi
Ce débat a été lancé
Dans le marc de nos cafés
Sur l’Islam…
Parce qu’ils n’aiment pas
Ils n’ont jamais aimé
Les arabes…
Qu’ils craignent
Comme jadis les romains
craignaient les barbares…
Rien à voir avec l’Islam

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