Le complotiste, le fabuliste et le scénariste 2


21h21mn21s : un attentat terroriste vient d’avoir lieu en plein cœur de Paris… avec des morts à la pelle et un très grand nombre de blessés graves.

21h22mn23s : on apprend aussitôt et de source officielle qu’il n’a pas été revendiqué... Pas encore. Apparemment les islamistes sont à la peine. C’est ce qui se dit sur tous les écrans officiels, d’information continue.

21h23mn24s : on sait déjà sur les réseaux sociaux qui, pour quoi et pour qui l’attentat a été commis avec analyse à l’appui. C’est le pari du complotiste : aller plus vite que la musique pour soumettre le réel à son propre logiciel.

21h24mn25s : à la terrasse d’un café, dans le plus latin des quartiers, un homme qui a déjà fait le tour de tous les grands groupes de presse sur son Smartphone, à l’idée saugrenue de faire le buzz avec cette macabre tragédie. Il passe aux aveux dans un tweet en prétendant être l’auteur du drame.

C’est un fabuliste… qui a besoin de faire exister ce qui n’existe pas pour se sentir exister.

21h25mn26s : un homme d’âge mur qui n’a pas fini avec son enfance, songe déjà à toute une romance. Il greffe un cerveau à cet attentat et le prénomme Qays… qui va bientôt s’apercevoir que parmi les victimes, il y avait Leïla, l’élue de son cœur.

C’est l’œuvre d’un scénariste qui sait que la fiction a plus de poids que la réalité ou pire encore que la réalité… n’est réelle que si elle est réalisée… donc scénarisée.

21h26mn27s : l’Elysée publie un communiqué pour dire que rien n’est vrai mais que c’était juste un coup d’essai !

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2 commentaires sur “Le complotiste, le fabuliste et le scénariste

  • avatar
    Pascal

    Très joli billet sur le complotiste, le fabuliste et le scénariste, coup d’essai.

    Je dirais que le principal problème des « théories du complot », c’est l’adhésion à théorie avec parfois, au cas par cas, ptêtre difficile remise en question ultérieure. Bon, pourrait ptêtre considérer que c’est valable dès qu’il est adhéré à un logiciel formaté par un média de masse, ou même dès que nous avons une « certitude », de ce que je me souviens d’une étude, quand des américains ont été interrogés sur l’opinion qu’ils avaient d’actions géopolitiques / impérialistes de leur pays (je crois que c’était surtout en rapport avec la guerre en Irak, mais j’ai un doute), pas mal de ceux qui s’étaient surtout informé auprès de tel média avaient un avis en rapport avec propagande de ce média, à la différence de la majorité des autres ; et quand j’avais discuté avec frère cadet de « sujets de société », ptêtre bien l’année dernière quand il était venu nous rendre visite, de ce que je me souviens m’avait en gros parlé d’un hoax islamophobe (ou ptêtre plutôt désinfo contre une mosquée qui a entraînée des réactions islamophobes) à Montréal ou région du Québec qui avait eu pour répercussion que même si y avait eu démenti, il était apparu qu’un certain nombre y croyaient encore, ptêtre prêts à théoriser sur le démenti plutôt que remettre en question la première info. Ce qui rejoint, il me semble, le coup de l’importance / pouvoir de la fiction.
    Toujours est-il que pas forcément évident de discuter avec d’autres suivant les divergences d’infos obtenues en premier lieu. D’aucuns critiquent d’ailleurs les algorithmes de google et compagnie par rapport au fait que cela peut renforcer les « noosphères individuelles » / prisme particulier.
    Après, si chaque attentat est différent, que peut facilement avoir tort de généraliser, que le logiciel complotiste peut avoir tendance à occulter, trop se concentrer sur les théories sur les forces ayant menées aux attentats, en oubliant les effets du paradigme qui peuvent avoir / ont partie liée, que pourraient attendre et réfléchir sur des indices (du style, y en a qui ont théorisé sur dates de publications d’annonce, en occultant les différences de fuseau horaire entre celui qui a publié et celui qui fait la capture d’écran, ou entre le fuseau horaire du lieu de l’événement et du paramétrage du fuseau du compte où l’annonce a été faite) / d’en avoir, c’est ptêtre mieux que d’adhérer à version des médias de masse où ce serait mode de vie à l’occidentale d’attaquée et à défendre, quoique des complotistes peuvent avoir le même genre de conclusion. Mais sinon, une analyse différente que le « complotisme classique » dont je lisais des articles à une époque, tout en évoquant probables complots, qui rejoint celles de billets : Boris Cyrulnik s’était exprimé sur attentats à Charlie Hebdo le jour où se déroulait un autre, plus ou moins pendant que ça avait lieu, ou un peu après mais le même jour, et il évoquait l’influence des lobbies pétrolier dans un certain nombre de cas. Un des deux journalistes qui l’interviewaient, ou les deux, lui avaient demandé si ça ne pouvait pas déresponsabiliser les terroristes et aspirants terroristes, il avait dû répondre que l’idée c’était plus de trouver solution au problème éco-politique-social qui a fait que des jeunes ont pu se faire embrigader, fait que des groupes (il évoquait les «  lobbies pétrolier ») peuvent s’en servir pour des attentats mais qu’il pourrait en être autrement (il évoquait en solution rôle d’éducation, notamment avec le théâtre et les fictions pour sensibiliser / faire réfléchir), en gros.

    Bref, quand j’ai lu votre billet, avant d’arriver à la fin, ma première réflexion a été de penser aux victimes, de me demander si des théories s’échafauderaient sur tentative de détournement d’attention du mouvement social des gilets jaunes (comme d’aucuns l’ont craint / théorisé pour Strasbourg, et d’autant que vu passer il y a quelques temps sur fil d’actu facebook publication faite sur groupe facebook, d’amateurs de numérologie aller jusqu’à théoriser sur la symbolique du 13 ème acte des gilets jaunes, théoriser sur instrumentalisation / récup’, qu’il devrait bientôt se passer quelque chose de particulier et pas glop selon cette théorie), et en ayant fait recherche sur moteur ecosia avec juste « attentat » en mot clé, m’affichait « Attentat à Charlie Hebdo: transmission vidéo en temps réel », et je m’étais demandé si il s’était de nouveau passé un truc à Charlie Hebdo, avant de voir que la vidéo datait du 7 janvier 2015 et qu’aucune info ne parlait d’attentat récent à Paris.

    Nous pouvons considérer que le coup d’essai de l’Élysée est un succès !!

  • avatar
    jacou

    Le complotiste, le fabuliste, le scénariste > VS le veritiste

    Dans un monde politique d’ignorance, de mensonge, de peur ( le trio infernal ) il est impossible de discerner le faux du vrai du fait même de sa « réalité » duelle ; le récit sera donc un cocktail des trois composants à doses variables .

     » Pour Platon, la politique est un savoir. Qu’est-ce qu’être compétent politiquement ? c’est savoir et surtout posséder le savoir de la fin (fin=but) Celui là est compétent qui connaît la fin spécifique de ce qu’il doit faire. Or quelle est la fin de la politique ? La fin de la politique est de nous faire vivre dans un monde de raison, c’est-à-dire de lutter contre la violence.
    Pour Platon est compétent celui qui connaît la fin d’une action. Quand les fins sont différentes, les compétences sont différentes. Or il est toujours possible de faire croire qu’on sait (démagogie). Il y a deux manières de gouverner des ignorants : on peut le faire en toute honnêteté dans l’intérêt de tous mais on peut aussi utiliser la démagogie, flatter les passions. Dans le Gorgias, Platon imagine un médecin assigné en justice par un cuisinier devant un tribunal d’enfants. Le cuisinier va dire « c’est moi qui vous donne la santé » et mitonner de bons petits plats. Le médecin va dire « non c’est moi » et distribuer des potions amères. Que vont décider les enfants (c’est-à-dire les ignorants) ? Dans le contexte antique, le démagogue, le flatteur, le manipulateur d’opinion est le sophiste. Aujourd’hui ce sont les medias. Il existe une actualité de ces analyses. Les démagogues sont de toutes les époques.
    La connaissance des fins est inégale. Chacun a connaissance de certaines fins. Le cordonnier poursuit une fin : fabriquer des chaussures. Mais il ne lui viendrait pas à l’idée de conduire une bataille. Inversement le stratège ignore ce qu’est la fabrication des chaussures. Il y a donc différence des savoirs parce qu’il y a différence de fonctions. Or la démocratie est ce lieu où tout le monde se croit compétent pour parler de tout. C’est là l’illusion. Chacun dit « je pense que ». Règne alors le mot incontrôlé, la parole instable (cf. l’image des statues de Dédale dans le Ménon : l’opinion est comme ces statues dotées de mouvement qu’on néglige de fixer et qui ne restent pas en place. Seules les sciences sont stables) Si la politique est un savoir, la démocratie est un système absurde. Il est absurde de voter au sujet de la vérité. C’est comme si on soumettait au vote un problème de mathématique ou de physique. La majorité peut se tromper (cf. Galilée. On peut avoir raison contre tous). Il est des circonstances où un individu peut avoir raison contre tous. La vérité ne se décide pas au suffrage universel.
    La démocratie est donc le règne du désordre. Seul le savoir permet l’ordre. Il n’est rien de pire que d’être gouverné par des ignorants. Chacun se dit compétent en politique. Le stratège dit « moi je sais ce qu’est la guerre et je peux défendre le pays » Chacun de ceux qui réussissent dans leur travail diront être compétent. Platon ne serait pas étonné de voir certains journalistes demander leur opinion politique à des écrivains ou des artistes comme s’ils en savaient plus que les autres sous prétexte qu’ils sont compétents dans leur discipline. Quand chacun dit « c’est moi qui sais », celui qui triomphe est seulement le plus habile, l’orateur qui sait retourner une foule. La voie est libre pour la tyrannie. Au fond Platon craint moins la démocratie que ce à quoi elle mène : la tyrannie. « 


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