La victime 2


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Dièse :

Nous sommes le 13 novembre... Le moment qu'on a choisi pour souffler sur les braises... bonjour Diotime !

 

Diotime :

Bonjour Dièse

 

Dièse :

Pas la peine de vous présenter, tout le monde sait qui vous êtes... Diotime, la victime des victimes.

 

Diotime :

Oui je suis la victime... et je n'y suis pour rien, c'est une question de conscience intime...

 

Dièse :

Si je puis me permettre de tirer les choses au clair : votre DOULEUR est paradoxale... vous avez survécu à un attentat et vous regrettez d'y avoir survécu ??? Je ne comprends pas.

 

Diotime :

Oui j'ai vu mourir, je n'ai plus envie de vivre... c'est comment dire ? un abîme. Je pleure et je m'endors. Je me lève et je pleure... Dans mon mal, il y a quelque chose d'irréversible : je vais devoir vivre sans pouvoir vivre... mon sort est pire que la mort... c'est invivable.

 

Dièse :

Certains osent dire que vous faîtes contre bonne fortune, mauvaise rancune. Autrement dit, pourquoi vous ne vous dîtes pas que vous l'avez échappé belle ?

 

Diotime :

Parce que c'est irréel. Je n'ai pas choisi de broyer du noir, c'est le noir qui m'a broyé.

 

Dièse :

C'est pour cette raison que vous écrivez : "il n'y a pas de survivants après ce genre d'attentat mais seulement des morts vivants" ?

 

Diotime :

Oui, je veux dire que les monstres nous ont raté de peu comme on dit... ils nous ont rendu monstrueux... atteints comme eux.

 

Dièse :

C'est à peine croyable... mais je saisi l'ampleur du désastre. Mais est-ce qu'au moins, vous comprenez ce qui vous est arrivé ?

 

Diotime :

Il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir pardonner... même en songes, je ne suis jamais parvenue à passer l'éponge...

Une fois imprimé, ce genre de mal ne peut être supprimé... je ne suis plus que mémoire.

 

Dièse :

Et pourtant, j'ai beau feuilleter votre livre, ce ne sont pas les terroristes que vous incriminez ???

 

Diotime :

Je condamne surtout le pouvoir qui les utilise ou favorise leur recrudescence... quand on pousse quelqu'un à tirer dans le tas, je regarde l'État qui est derrière.

 

Dièse :

Vous revisitez donc complètement le concept de victime... ce n'est pas ce que l'on croit ?

 

Diotime :

Oui, j'écris ou je décris l'état des lieux après un attentat. Je ne dis pas que c'est le cas de tous les rescapés, mais c'est mon cas, mon sentiment intime : je me sens, comment dire, coupable de ce qui m'est arrivé, de voir la mort de si près et d'être incapable de l'empêcher... ce n'est pas le courage mais le hasard qui m'a épargné... peut être pour que je témoigne: qu'on s'est laissé faire, non par les demeurés mais par ceux qui demeurent derrière, qui vont commémorer les morts et faire semblant de pleurer sur leurs sorts !

 

Dièse :

Vous restez persuadée que nous y sommes pour quelque chose ? Vous n'avez pas parfois l'impression de délirer un peu ?

 

Diotime :

Dans ce cas, il faut m'arrêter, parce que je me sens réellement complice de ces tarés... d'avoir voté pour ceux qui les ont armé ou provoqué... on prie pour la paix des âmes tout en poursuivant la guerre contre l'islam... il faut savoir ce qu'on veut.

 

Dièse :

En deux mots pour conclure : qu'est-ce qu'une victime ?

 

Diotime :

Ce n'est pas le mort, mais le remord de celui qui se dit : mea culpa.

Je suis coupable de n'avoir rien fait contre les vrais coupables... la main invisible !

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2 commentaires sur “La victime

  • avatar
    Pascal

    Une perle sur la victime, les victimes du terrorisme, interview par / dans Mondapart.
    Très touchante.

    Paix

    Paix aux maux, aux tourments,
    aux empreintes dans les mémoires,
    aux flots crées de l’humanité,
    aux êtres rendus hors du temps
    sous les cendres des boutons poussoirs,
    du stade au Bataclan, à diverses cités ;

    Paix à vous, à ceux qui se sentent responsables,
    aux inconsciences, consciences, coupables,
    à la nature, ses tempêtes, ses volcans,
    aux vicissitudes de l’existence, aux camps,
    aux abîmes remuées, aux cimes embuées,
    aux souffles coupés, déchaînés, épanchés ;

    Paix aux écosystèmes, aux civilisations en marge
    victimes du marché global et de ses places boursières,
    aux meurtrissures laissées au temps du large,
    aux poussières d’étoile, à l’achevé et l’inachevé,
    aux histoires du passé, à l’instant, à l’horizon, au mystère,
    aux flammes assoupies, aux étincelles, aux flammes r-avivées ;

    Paix aux peuples en guerre, de l’Ukraine à la Palestine,
    soumis aux forces impérialistes, l’Histoire et ses résines,
    aux giboulées de printemps, aux éclairs et au tonnerre de l’été,
    aux feuilles mortes et ouragans d’automne, aux frimas de l’hiver,
    aux intempéries en chaque au fil des saisons de la vie, aux effets,
    aux errements, aux expirations, aux aspirations, aux foi-s, aux ères.

  • avatar
    jacou

    Diotime
     » la main invisible  »

    Diogêne
    – La main du Divin artiste
    La réalité c’est que nous nous conduisons et agissons comme des nains myopes et sourds ballottés par les multiples courants des pensées et des émotions que les plus  » fourbés  » ( fourbes et rusés ) titillent dans l’intention d’en retirer des bénéfices aussi bien aléatoires qu’illusoires ignorant tout du script divin .

     » Plus la destruction est grande, plus libres sont les chances de création; mais la destruction est souvent longue, lente, oppressive, la création souvent tarde à venir et son triomphe est interrompu. La nuit revient encore et encore, et le jour s’attarde ou semble même avoir été une fausse aurore. Ne désespère donc point, mais veille et travaille. Ceux qui espèrent avec violence
    sont prompts à désespérer. N’espère ni ne crains, mais sois sûr du dessein de Dieu et de ta volonté d’accomplir. La main du divin Artiste œuvre souvent comme si elle n’était pas sûre de son génie ni de ses matériaux. Elle semble toucher, essayer et
    laisser, reprendre et rejeter, reprendre encore, peiner et échouer,
    raccommoder et rapiécer. Les surprises et les déceptions sont dans l’ordre de son travail avant que tout ne soit prêt. Ce qui était choisi est rejeté dans l’abîme de la réprobation. Ce qui était rejeté devient la pierre d’angle d’un puissant édifice. Mais
    derrière tout cela, il y a l’œil assuré d’une connaissance qui surpasse notre raison et le sourire sans hâte d’un infini pouvoir….

    …Pourquoi Dieu martèle-t-il son monde avec tant d’acharnement, pourquoi le piétiner et le pétrir comme de la pâte, pourquoi le jeter si souvent dans un bain de sang et dans l’embrasement infernal de la fournaise? Parce que l’humanité dans son ensemble est encore un vil minerai grossier et dur qui autrement ne se laisserait jamais fondre ni modeler. Tels les matériaux, telles les méthodes. Que le minerai se laisse transmuer en un métal plus noble et plus pur, et les procédés de Dieu envers lui seront plus doux et plus bénins, et les usages qu’il en fera, plus raffinés et plus beaux.
    Pourquoi Dieu a-t-il choisi ou fabriqué de tels matériaux quand il pouvait choisir dans l’infini des possibilités? Parce que son Idée divine avait en vue non seulement la beauté, la douceur et la pureté, mais aussi la force, la volonté et la grandeur. Ne méprise pas la force et ne la hais point à cause de la laideur de certaines de ses faces, et ne pense pas non plus que Dieu soit seulement amour. Toute perfection parfaite doit receler en elle quelque chose du héros et même du Titan. Mais la plus grande force naît de la plus grande difficulté …

    …Chaque religion a aidé l’humanité. Le paganisme a augmenté dans l’homme la lumière de la beauté, la largeur et la grandeur
    de la vie, la tendance à une perfection multiforme. Le christianisme lui a donné quelque vision de charité et d’amour divins. Le bouddhisme lui a montré un noble moyen d’être plus sage, plus doux, plus pur; le judaïsme et l’islamisme, comment être
    religieusement fidèle en action et zélé dans sa dévotion pour Dieu. L’hindouisme lui a ouvert les plus vastes et les plus profondes
    possibilités spirituelles. Ce serait une grande chose si toutes ces vues de Dieu pouvaient s’embrasser et se fondre l’une en l’autre; mais les dogmes intellectuels et l’égoïsme des cultes barrent le chemin. Toutes les religions ont sauvé un certain nombre d’âmes, mais aucune n’a encore été capable de spiritualiser l’humanité. Pour cela, ce ne sont pas les cultes ni les credo qui sont nécessaires, mais un effort soutenu d’évolution spirituelle individuelle qui englobe tout.

    Les changements que nous voyons dans le monde aujourd’hui sont intellectuels, moraux, physiques dans leur idéal et leur intention. La révolution spirituelle attend son heure et, pendant ce temps, fait surgir ses vagues ici et là. Jusqu’à ce qu’elle
    vienne, le sens des autres changements ne peut pas être compris; et jusqu’à ce moment-là, toutes les interprétations des
    événements présents et toutes les prévisions de l’avenir humain sont choses vaines. Car la nature de cette révolution, sa puissance et son issue sont ce qui déterminera le prochain cycle de notre humanité. »

    – LA MÈRE – Pensées et Aphorismes de Sri Aurobindo


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