Dis-moi Diogène ; j’ai comme l’impression que ceux qui croient savoir, croient savoir, et veulent nous montrer qu’ils savent, dis-moi pourquoi.

Très bonne question, Nomade et je te remercie de me l’avoir posée. Eh bien vois tu, le savoir, aussi virtuel qu’il puisse paraître, est mis en avant comme une légion en première ligne pour impressionner l’adversaire, quand on espère gagner une guerre.

Diogène, veux-tu me dire que le savoir est un capital, au même titre que l’argent et qu’il participe aussi de l’ostentation de ses richesses et de l’efficacité de ses armes, au même titre que l’avoir ?

Oui, c’est la tendance qu’il prend quand il se trouve dans un monde de profit généralisé, qu’il ne se partage pas. Si ce que l’on sait contribue uniquement à nous enrichir matériellement, c’est que le savoir est au service de l’argent, de la notoriété et du pouvoir.

Il y a pourtant bien un savoir qui se partage, que l’on offre gratuitement. Il existe bien des personnes capables de parler, de renseigner, sans compter, sans escompter de retour en monnaie sonnante et trébuchante.

Nomade, tu sais ce que tu dois à la Providence dans tes pérégrinations, tu remercies le ciel de ce qu’il t’enseigne mais cette attitude s’est perdue chez les sédentaires enfermés dans leurs fortifications, qui accaparent tout, attitude commune quand on se croit self made man.

Self made man, dis-tu Diogène, ça m’effraye et ça me semble bien dérisoire, quelle est cette prétention incroyable de croire que l’on se soit fait tout seul ?

Nomade, tu n’es pas dans la logique de l’avoir, je comprends ta réaction qui ne comprend pas l’action de la prédation. Sais-tu que les terres sur lesquelles du vis, sur lesquelles tes ancêtres ont vécu, sont annexées et qu’on ne t’a pas demandé ton avis ?

Diogène, tu vois cela de ton amphore, tous ces gens qui achètent un morceau de la terre, en marquent les limites et y apposent une pancarte : propriété privée ; défense d’entrer ! Je ne fais que découvrir ces appropriations hystériques, j’en suis abasourdi.

Nomade, la vénalité des hommes est ta perte, tu ne trouveras plus un endroit sur terre où reposer ta tête, plus rien de grandiose ne t’appartiendra, privé de liberté, la plus chère des valeurs pour toi. Ton savoir, ton expérience, tout ça ne vaut plus rien. Pas de titre de propriété, pas de diplôme, tu es dépouillé de tout.

Il ne me reste donc qu’à compter sur l’ouverture d’esprit nomade chez certains sédentaires mais il semblerait que beaucoup de ces derniers aient posté des archers derrière leurs créneaux. Qu’en penses-tu Diogène ?

Fais comme moi, Nomade, laisse passer ceux qui savent, ceux qui possèdent. Assieds-toi parterre, pose une écuelle près de toi et fais la manche. Il y aura dedans, certains jours, de quoi la remplir de soupe.

Je suis heureux de t’avoir rencontré, Diogène, tu donnes le change à ma liberté perdue par une autre retrouvée mais combien plus austère.

La liberté est incompressible, Nomade. Tu es comme l’enfant qui vient de naître à qui l’on enseigne que rien ni personne ne pourra la lui ravir. Il est des époques en lesquelles les sédentaires s’ouvrent, sont accueillants mais ce n’est pas de la conjoncture actuelle. De grâce, n’entre pas dans le panurgisme, ici, tout ton honneur est sauf.

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