Nous ne sommes pas en démocratie. Quiconque disposant d’un minimum de recul et de bonne foi pourra s’en rendre compte. Le régime dans lequel nous vivons n’a rien à voir avec la démocratie, la vraie, et relève plutôt de la gouvernance représentative qui, rongée par sa nature faillible, a progressivement dérivé en oligarchie, voire en ploutocratie.

C’est toute la pensée d’Étienne Chouard, enseignant en économie et en droit à Aix-en-Provence, qui, depuis l’arnaque du traité européen de 2005, n’a de cesse de se creuser les méninges afin de trouver « la cause des causes », très inspiré par la démocratie athénienne reposant sur le tirage au sort. Voici ci-dessous une liste, non-exhaustive, des principaux points de ce que l’on pourrait appeler sa « pensée » – qui n’est en réalité rien d’autre que la recherche de la Vérité et du bien commun, dans l’humilité et la modestie.

- L’élection n’est pas la démocratie

* L’élection délègue le pouvoir. Il ne s’agit pas de démocratie, le pouvoir n’étant pas entre les mains du peuple mais de ses « représentants ». C’est en réalité un gouvernement représentatif. Une fois élus, nos « représentants » ont le pouvoir et en font ce qu’ils veulent, trahissent bien souvent leurs promesses, et il n’y a aucun moyen de les révoquer ni de les punir – ou de les récompenser – à la fin de leur mandat. Il ne faut jamais oublier que le pouvoir corrompt, tout comme l’argent.

* Seuls les riches, ou leurs serviteurs, sont candidats. Pour financer une campagne efficace, une couverture médiatique puissante, il faut de l’argent et des réseaux. Par ce biais, les riches peuvent acheter le pouvoir. Les candidats sont imposés et légitimés uniquement par l’argent. On peut alors parler de ploutocratie.

* Le pouvoir est donné à des gens qui le veulent. Or s’il y a bien des gens à qui il ne faudrait pas le donner, c’est bien à ceux qui y aspirent. La quête de pouvoir est un facteur dangereux, à éviter au maximum.

* Dans notre système actuel, le vote blanc est négligé, mélangé au vote nul. Ainsi n’a-t-on pas le droit de refuser deux candidats ou une question imposée. Il s’agit d’une atteinte grave à la démocratie et à la liberté de choix.

* L’élection pourrait être possible au niveau local, où la proximité d’avec la population est bénéfique, ou également si les élus étaient désignés par le peuple et non candidats. Ainsi les citoyens conserveraient-ils l’initiative et le choix.

- Point fondamentaux pour une vraie démocratie

* Ce n’est pas aux gens au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. Aucun homme politique ne va rédiger une loi ou une Constitution qui va restreindre son pouvoir, et c’est tout à fait compréhensible. La Constitution ne peut être que citoyenne afin de protéger au mieux ces mêmes citoyens des abus de pouvoir.

* Le tirage au sort d’une Assemblée, parmi l’ensemble de la population majeure – sans obligation d’y participer –, règle le problème des abus de pouvoir, de l’irresponsabilité et de la trahison des élus. Celui-ci offre plusieurs avantages :
o C’est bien le peuple qui gouverne et non des représentants.
o Des mandats courts et non-renouvelables endiguent les risques de corruption.
o Les tirés au sort sont impartiaux car désintéressés – ils ne sont payés par personne, n’ont pas de réélections à assurer, ont la volonté d’accomplir leur mission avec sérieux, et ont conscience qu’ils vont bientôt retourner à une condition ordinaire – et donc n’ont pas d’intérêt à voter des lois qui les pénaliseront plus tard. Aussi, leur compétence vient du simple fait qu’ils travaillent pleinement sur un dossier durant leur mandat et convoquent les experts qu’ils souhaitent, en toute neutralité et sans aucune pression due à l’appartenance à un parti politique.
o Le tirage au sort ne met JAMAIS les riches au pouvoir. D’un point de vue représentatif, ces 1 % de privilégiés n’ont JAMAIS la majorité au sein de l’Assemblée. En clair, avec le tirage au sort, les « pauvres », c’est-à-dire les gens ordinaires, gouvernent TOUJOURS.
o Les quotas sont respectés de fait, par le hasard du tirage au sort. Ainsi retrouvera-t-on sur une certaine période les quotas suffisants d’hommes, de femmes, de jeunes, de vieux, d’actifs, d’étudiants… Aussi, cela permettra de respecter d’autres quotas qui auraient été impossibles à mettre en place par d’autres moyens : la gentillesse, l’honnêteté, le courage, la vertu, etc.

* Les médias doivent être publics et contrôlés. De nos jours, il n’existe plus 3 mais 5 pouvoirs à séparer : le pouvoir législatif, exécutif, judiciaire mais aussi médiatique et économique, ce que n’avait pas encore prévu Montesquieu. Il doit impérativement y avoir un contrôle citoyen des médias afin d’assurer leur bon fonctionnement, l’absence de manipulation, la bonne représentativité de la population et des opinions, etc. Ces derniers doivent être publics et leur contrôle pourrait être effectué par un comité tiré au sort. Il est absolument essentiel de contrôler les médias, qui sont aujourd’hui la principale arme de manipulation massive, afin de ne pas endormir, égarer et abrutir le peuple, influencer les votes et les débats. Dans une société où les médias sont au service du peuple, il est possible à celui-ci de s’exprimer sur des sujets sans être faussement informé et influencé.

* L’éducation nationale doit devenir l’instruction publique. Elle doit fabriquer des citoyens éclairés et donner à chacun les clés de compréhension du monde. Elle ne doit pas être au service d’un pouvoir ou d’une idéologie, mais se contenter d’offrir à tous les moyens de la réussite et de l’indépendance d’esprit.

* Le référendum doit nécessairement être d’initiative populaire, et non du « fait du Prince ». Le seuil de déclenchement doit être assez bas et non fantaisiste afin que ce dernier ne soit pas qu’une illusion. Par ce biais, le peuple conserve le moyen de s’exprimer et d’intervenir à tout moment. Il garde des moyens d’action et de révocation.

- Quelques points concernant l’économie

* Une nation libre et souveraine a le contrôle de sa monnaie, de ses dépenses publiques et est indépendante de toute structure financière extérieure. Ainsi la dette astronomique et illégitime actuellement due aux banques privées n’a-t-elle pas lieu d’être, et c’est à la Banque de France qu’il se doit de battre monnaie. L’État doit pouvoir, comme avant 1973, se prêter à lui-même sans intérêts de manière à financer des projets sociaux et publics. Il doit également être en mesure de dévaluer lorsque cela est nécessaire. En bref, la nation doit avoir un contrôle total de sa monnaie et de son économie. Aussi, la liberté d’entreprendre ne doit en rien être freinée car elle représente l’un des seuls facteurs de création de richesse. L’État – le peuple – doit garder un rôle d’arbitre et même de stratège sur des projets de grande ampleur. La fiscalité ne doit pas être écrasante et étouffer l’économie comme c’est le cas à l’heure actuelle.

* L’enrichissement personnel sans limite et recherche exagérée du profit est l’un des fléaux de l’humanité et sans doute ce qui cause le plus de mal et d’injustice. Il convient donc de l’endiguer par le salaire maximum couplé au revenu de base.

o Le salaire maximum :

Il s’agit d’un seuil au-dessus duquel il est considéré qu’un individu n’a pas besoin de gagner plus d’argent. Pour prendre une référence, qui n’engage pas M. Chouard, ce dernier pourrait être fixé à quelques fois le salaire minimum, soit 10 à 15 000 euros par mois.

Qui a besoin de plus pour être heureux et vivre de manière confortable ? Cette somme permet de mener un train de vie agréable, de voyager et d’accéder, après économies sur plusieurs mois, à l’un de ses rêves : un bateau, une voiture… Il faut arrêter de croire que les gens qui créent des choses le font exclusivement pour l’argent, et que l’argent sans limite constitue leur seule motivation. Et si tel était le cas, est-ce vraiment quelque chose de positif ? Comme le rappelle Étienne Chouard, les gens désirant s’enrichir sans limite ne sont rien d’autre que des « malades mentaux ».

On pourrait dont envisager de contrer ce fléau en fixant un salaire maximum raisonnable permettant l’épanouissement et le bonheur. Au-dessus de cette limite ? Pourquoi ne pas contraindre le patron a réinvestir cet argent dans son entreprise dans le but de l’agrandir, de créer de nouveaux emplois ou de mieux répartir les recettes avec les employés, qui constituent la principale richesse de la société ? Encore une fois, il ne s’agit là que de pistes de réflexion…

o Le revenu de base :

C’est sans doute le sujet qui porte le plus à polémique. Peut-on envisager de verser un revenu inconditionnel à chacun tout au long de sa vie ? Cela ne pousserait-il pas à l’oisiveté ? Le débat reste ouvert. Quoi qu’il en soit, selon un sondage effectué en Allemagne, 90 % des personnes interrogées déclarent que si on leur versait un salaire chaque mois de manière acquise, elles continueraient à travailler et resteraient actives. En effet, il ne faut pas oublier que l’oisiveté ne fait en rien partie de la nature humaine, et que dans cette société plus humaine, moins stressante et violente, ce confort de vie et cette sécurité pousseraient sans aucun doute à l’entreprenariat.

Aussi, ce revenu doit être parfaitement calculé afin qu’il couvre uniquement la survie alimentaire. Il doit permettre de survivre, et non de vivre. Ainsi, qui envisagerait de ne pas modifier sa condition ?

- Systèmes mixtes

* La possibilité nous est donnée de ne pas dénigrer totalement l’élection et une certaine forme d’aristocratie, d’élite. Il nous serait possible d’élire « les meilleurs d’entre nous » à condition qu’ils soient :
o Désignés et non candidats. Ainsi les citoyens gardent-ils l’initiative, et le pouvoir n’est pas donné à ceux qui le veulent.
o Révocables à tout moment. Il doit être possible de leur demander des comptes en permanence – sauf peut-être durant le premier tiers de leur mandat – et d’avoir des garanties que leurs engagements seront respectés et qu’ils resteront bien au service des citoyens. Ainsi restent-ils des serviteurs et non des maîtres. Les citoyens, aussi, ne deviennent pas de simples électeurs et conservent leur pouvoir. Ces comptes peuvent être demandés par référendum, et l’Assemblée tirée au sort, véritable garante et arbitre de la démocratie, peut assurer que les engagements soient respectés et que les élus agissent dans l’intérêt de la nation.

* L’esprit royaliste, bonapartiste et gaulliste, axé autour d’une grande figure, d’un grand homme de pouvoir, d’un État fort, n’est ainsi pas forcément incompatible avec la démocratie. Une élite – désignée et non auto-proclamée – peut donc se retrouver à la tête de la France et la tirer vers le haut, à condition que les citoyens gardent le contrôle et conservent des moyens d’action. Étienne Chouard développe plus amplement cette idée dans l’un de nos précédents articles : L’homme providentiel est-il compatible avec la démocratie ?

Source : http://www.lebreviairedespatriotes.fr/2013/01/30/democratie-reelle-les-fondamentaux-de-la-pensee-detienne-chouard/

Pour ceux qui veulent approfondir, il fait avancer son idée en fonction des critiques, retours, mais une conférence plus longue qu’il avait donné, avec des interventions, questions : http://www.youtube.com/playlist?list=PLFF001C4AD7D68D0D

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